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Mutilations génitales féminines : le « consentement » qui fâche, le ministère recadre, les féministes répliquent

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Une vidéo de sensibilisation retirée en urgence par le Ministère de la Femme. Une « erreur de formulation » invoquée. Au cœur de la polémique, une phrase de 14 mots que le Collectif des Féministes Guinéennes juge juridiquement fausse et dangereuse.

L’affaire tient en une phrase. Celle qui a été diffusée, au nom de l’État, dans une vidéo de sensibilisation sur les mutilations génitales féminines (MGF) :
« Aucune fille ne devrait subir une MGF sans pouvoir comprendre, consentir et décider librement »
C’est cette formulation qui a provoqué la colère, son repérage par des féministes guinéennes sur les réseaux sociaux, puis le retrait de la vidéo par le Ministère de la Femme, de la Famille et des Solidarités.

Sur le papier, l’intention se voulait protectrice. À la lecture, elle ouvre une brèche.

Pourquoi cette phrase ne passe pas?

Le problème est dans le « sans« . Dire qu’aucune fille ne devrait subir une MGF sans pouvoir comprendre, consentir et décider librement, c’est laisser entendre, en creux, qu’avec compréhension, consentement et décision libre, elle le pourrait.

C’est l’installation, même involontaire, de l’idée d’un « consentement éclairé » à une mutilation. Une idée qui, en droit guinéen, n’existe pas.

Le Collectif des Féministes Guinéennes, dans son communiqué du 25 août, ne s’y trompe pas. Il prend acte du retrait de la vidéo et de la volonté du ministère de réaffirmer l’interdiction, mais il refuse catégoriquement que l’affaire soit soldée par une « erreur de formulation« .

« Une communication institutionnelle portée par un ministère est le résultat d’un processus de conception, de relecture, de validation et de publication. Lorsqu’un message relatif à une violence aussi grave introduit une ambiguïté sur la possibilité d’un consentement, c’est l’ensemble de cette chaîne de responsabilité qui doit être questionné. Les mots comptent. Particulièrement lorsqu’ils sont prononcés au nom de l’État« , écrit le Collectif.

Le texte rappelle d’ailleurs que ce sont bien « des féministes guinéennes qui ont publiquement relevé et dénoncé cette formulation, conduisant à son retrait« . Une vigilance citoyenne qu’il revendique comme essentielle.

Le droit guinéen est pourtant sans ambiguïté

Et c’est là que la phrase du ministère se heurte frontalement à la loi.

L’article 258 du Code pénal guinéen interdit toutes les formes de mutilations génitales féminines. Le Code de l’enfant va plus loin : son article 775 prévoit que la pratique ou la facilitation d’une MGF constitue une infraction même lorsque la personne s’y est soumise volontairement.

En droit guinéen, le consentement ne rend donc pas une mutilation légale. C’est une violence, une atteinte à l’intégrité physique, à la santé et aux droits fondamentaux. On ne consent pas à un crime, comme on ne consent pas à la torture ou à l’esclavage.

Au-delà des mots, 300 cas

Le Collectif ne veut pas que le débat s’arrête à la sémantique. Il demande que les prochaines communications sur les violences basées sur le genre soient soumises à « une relecture juridique et spécialisée rigoureuse« .

Et il déplace le curseur de la communication à l’action :

« Parce que les lois existent, parce que les violences existent et parce que les messages censés protéger les filles et les femmes doivent être à la hauteur des crimes que nous combattons. »

Le Collectif dit prendre acte de la correction, mais attendre désormais « une action concrète du Ministère face aux 300 cas signalés depuis 3 semaines, ainsi que des mesures de prévention et de protection afin d’empêcher de nouveaux cas ».

Laguinee.info

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