Le combat contre les mutilations génitales féminines prend une nouvelle tournure. Dans une lettre ouverte adressée à la Première Dame de la République, Laurianne Doumbouya, la journaliste, écrivaine, féministe et entrepreneure Hassatou Lamarana Bah appelle à une réponse plus ferme face à la persistance de l’excision en Guinée.
Dans son adresse, elle place d’emblée la Première Dame face à la gravité de la situation, en s’appuyant à la fois sur son rôle institutionnel et sur son statut de mère.
« C’est en m’adressant à la fois à votre sensibilité de mère et à votre position privilégiée aux côtés du Premier magistrat de notre Nation que je vous écris ces mots », écrit Hassatou Lamarana Bah, avant de présenter son message comme « le cri de douleur et d’espoir de milliers de filles et de femmes guinéennes ».
La signataire avance ensuite un chiffre qu’elle présente comme particulièrement préoccupant : 277 petites filles auraient subi une excision en l’espace de huit mois. Elle dénonce des pratiques qui continuent malgré l’interdiction légale.
Dans sa lettre, elle écrit notamment : « 277 enfances brisées, 277 corps violés, alors même que notre Code pénal et nos lois interdisent formellement cette pratique barbare. »
Pour Hassatou Lamarana Bah, le problème dépasse cependant la seule persistance de la pratique. Elle pointe également ce qu’elle considère comme une forme d’impunité, notamment lorsque certaines personnes revendiquent publiquement leur volonté de poursuivre ces pratiques.
Elle dénonce ainsi « le mépris affiché face à nos institutions » et estime que les déclarations publiques annonçant la poursuite de l’excision constituent « un affront direct à la dignité de la femme et à l’autorité de l’État ».
« Les fillettes qui subissent ces mutilations sont nos filles »
Dans son plaidoyer, la journaliste invite la Première Dame à considérer la question sous l’angle de la protection de l’enfance. Elle établit un parallèle entre la responsabilité d’une mère envers ses enfants et le rôle que pourrait jouer la Première Dame dans la mobilisation contre les mutilations génitales féminines.
« En tant que mère, vous connaissez le désir absolu de protéger ses enfants, de leur garantir un avenir sans peur et sans douleur inutile », écrit-elle.
Elle poursuit en affirmant que les victimes ne doivent pas être considérées comme des cas isolés : « Les fillettes qui subissent ces mutilations sont nos filles, nos sœurs, l’avenir de la Guinée. »
La signataire établit également un lien entre la lutte contre les mutilations génitales féminines et les ambitions affichées par les autorités en matière de développement et d’égalité.
Elle interpelle directement la Première Dame sur cette contradiction : « Comment bâtir une Guinée prospère et équitable si la moitié de sa population continue de grandir dans la peur d’une violence physique irréparable ? »
Une demande de fermeté dans l’application de la loi
Pour Hassatou Lamarana Bah, l’existence de dispositions légales ne suffit pas à mettre fin à la pratique. Elle estime que leur application effective constitue désormais l’un des principaux enjeux.
« L’interdiction légale existe, mais elle reste une promesse vaine sans une volonté politique inflexible pour la faire respecter sur le terrain », soutient-elle.
Dans cette logique, elle appelle les autorités à renforcer les poursuites contre les auteurs et les personnes qui facilitent ces pratiques. « Il est temps que l’impunité cesse. Il est temps que la loi s’applique fermement contre les auteurs et les complices de ces actes », insiste-t-elle.
La journaliste attend également de la Première Dame qu’elle utilise sa visibilité pour porter davantage ce combat dans l’espace public.
Elle lui attribue ainsi une responsabilité particulière : « Vous disposez d’une voix unique pour briser le silence, interpeller la conscience collective et inciter le gouvernement à passer des paroles aux actes coercitifs. »
Un appel direct à devenir « le bouclier » des filles
La lettre se termine par un appel personnel et institutionnel. Hassatou Lamarana Bah demande à Laurianne Doumbouya de prendre position en faveur d’une protection accrue des filles exposées aux mutilations génitales féminines:
« Nous vous demandons d’être le bouclier de ces petites filles qui n’ont personne pour les défendre », écrit-elle.
Elle inscrit enfin son plaidoyer dans une perspective historique, estimant que les décisions prises aujourd’hui détermineront la manière dont sera retenu le combat contre les mutilations génitales féminines en Guinée.
« L’histoire retiendra le combat que nous menons aujourd’hui pour l’intégrité du corps des femmes guinéennes », affirme-t-elle, avant de souhaiter que le nom de la Première Dame puisse être associé à « la fin définitive de cette injustice ».
À travers cette lettre ouverte, Hassatou Lamarana Bah appelle donc à renforcer la lutte contre les mutilations génitales féminines et interpelle directement la Première Dame sur son rôle potentiel dans cette mobilisation. Un plaidoyer qui remet au centre du débat la question de l’application effective des lois protégeant les filles contre cette pratique.
Laguinee.info





