La castration chimique est souvent évoquée dans les débats publics lorsqu’il est question de sanctions contre les auteurs de violences sexuelles. Mais que signifie réellement cette mesure ? Est-elle une peine automatique prévue contre tous les violeurs ? Le juriste Kalil Camara apporte des éléments de compréhension sur ce mécanisme prévu, selon lui, par le Code de procédure pénale guinéen.
Contrairement à une idée largement répandue, la castration chimique n’est pas une opération chirurgicale visant à retirer un organe. Il s’agit plutôt d’un traitement médical destiné à réduire les pulsions sexuelles d’une personne présentant une libido jugée incontrôlable.
Selon les explications du juriste, ce traitement agit notamment sur la production de testostérone, une hormone liée au désir sexuel.
« La castration chimique ou traitement inhibiteur de libido est un traitement médical qui vise à réduire la production de testostérone. Elle a pour objectif de diminuer la libido ou les pulsions sexuelles chez un individu », explique Kalil Camara.
Une mesure qui ne concerne pas tous les auteurs de viol
Dans l’opinion publique, la castration chimique est parfois perçue comme une sanction applicable automatiquement à toute personne reconnue coupable de viol. Le juriste précise qu’il n’en est rien.
Selon lui, cette mesure ne peut être envisagée qu’après une évaluation médicale permettant de déterminer si l’auteur d’une infraction sexuelle présente un trouble particulier nécessitant une prise en charge.
« La castration chimique ne concerne que les auteurs d’infractions sexuelles porteurs d’une libido incontrôlable. Elle est décidée dans le cadre d’une injonction de soins, après une expertise médicale », précise-t-il.
Une expertise médicale avant toute décision
Le Code de procédure pénale guinéen prévoit, selon Kalil Camara, une procédure spécifique pour les infractions sexuelles. Avant le jugement sur le fond d’une affaire, une expertise médicale peut être réalisée afin d’évaluer la situation de la personne poursuivie.
L’objectif est de déterminer si un suivi médical particulier est nécessaire.
« Les personnes poursuivies pour des infractions sexuelles doivent être soumises, avant tout jugement au fond, à une expertise médicale. L’expert est interrogé sur l’opportunité d’une injonction de soins », explique le juriste.
Un traitement ordonné dans un cadre judiciaire
Après une condamnation, une personne reconnue coupable d’une infraction sexuelle peut, dans certaines conditions, être soumise à une injonction de soins. Cette mesure vise à accompagner le suivi judiciaire du condamné.
Selon Kalil Camara, l’article 973 du Code de procédure pénale prévoit que, lorsqu’une injonction de soins est ordonnée, le médecin traitant peut prescrire « un traitement inhibiteur approprié ».
C’est cette disposition qui constitue, selon lui, la base juridique de la castration chimique dans le droit guinéen.
Un débat entre répression et prise en charge médicale
Pour ses défenseurs, la castration chimique peut constituer un outil supplémentaire pour prévenir la récidive chez certains auteurs de violences sexuelles présentant des troubles identifiés.
Cependant, son application reste liée à une décision médicale et judiciaire précise. Elle ne remplace pas les sanctions prévues par la loi contre les auteurs d’infractions sexuelles.
« Si le test médical est négatif, c’est-à-dire si la personne ne présente aucune anomalie, les peines prévues par la loi s’appliquent », souligne Kalil Camara.
Alors que les violences sexuelles continuent de susciter une forte émotion en Guinée, la question de l’efficacité des mesures de prévention et de répression reste au cœur des discussions. La compréhension du cadre juridique apparaît ainsi essentielle pour éviter les confusions autour de cette procédure.
Laguinee.info





