Quelques jours après les déclarations du gouverneur de la région administrative de Kankan et du préfet, qui ont rejeté les accusations visant les forces de défense et de sécurité, une équipe mixte de journalistes s’est rendue à Kalafilila, dans la sous-préfecture de Boula, afin de recueillir les témoignages des populations.
Sur place, plusieurs habitants rencontrés maintiennent leur version des faits. Ils affirment qu’une intervention des forces de défense et de sécurité, dans la nuit du 14 au 15 juillet 2026, a provoqué d’importants dégâts matériels et entraîné le déplacement de nombreuses familles.
Le président de la jeunesse de Kalafilila, Amara Keïta, explique que deux pick-up transportant des agents des forces de défense et de sécurité seraient arrivés dans le village avant de se rendre successivement aux domiciles du chef de district et du président des chasseurs.
Selon son récit, les deux responsables étant absents, l’épouse du chef de district ainsi que le fils du président des chasseurs auraient été interpellés.
« Les jeunes du village se sont mobilisés après ces interpellations. Les forces de sécurité ont alors fait usage de gaz lacrymogènes avant d’incendier plusieurs habitations », affirme-t-il.
D’après Amara Keïta, 31 bâtiments auraient été détruits par les flammes, emportant avec eux les biens de nombreuses familles.
« Au total, 31 bâtiments ont été calcinés avec tout ce qu’ils contenaient », soutient-il.
Le responsable de la jeunesse affirme également que les habitants ont fui le village au lendemain des événements.
Selon lui, une femme âgée serait décédée après avoir inhalé du gaz lacrymogène, tandis qu’un jeune homme aurait été blessé par balle à la main. Il ajoute que plusieurs concessions auraient été saccagées après le départ des populations.
Au-delà des pertes matérielles, Amara Keïta décrit une situation humanitaire préoccupante.
« Beaucoup de familles vivent encore dans la brousse. Elles craignent de rentrer au village », indique-t-il.
Face à cette situation, il lance un appel au président de la République, le général Mamadi Doumbouya, afin qu’une solution soit trouvée au conflit opposant Kalafilila et Bolosso.
« Nous demandons au Président de nous venir en aide. Il avait déclaré que la justice serait la boussole de son action. Depuis plus d’un an, nous réclamons justice après la mort de notre frère. Nous souhaitons qu’une solution définitive soit trouvée au conflit entre Kalafilila et Bolosso », plaide-t-il.
Ces déclarations interviennent quelques jours après la sortie médiatique du gouverneur de Kankan et du préfet, qui ont rejeté les accusations formulées contre les forces de défense et de sécurité. Les deux autorités ont affirmé qu’aucune opération des forces de l’ordre n’avait provoqué les faits dénoncés par les habitants.
À ce stade, les versions des autorités administratives et des populations demeurent contradictoires. Les circonstances exactes des événements et les responsabilités éventuelles restent à établir, dans l’attente des conclusions d’éventuelles investigations.
Mamadou Camara, correspondant régional à Kankan, pour Laguinee.info





