Le Syndicat national de l’éducation (SNE) prend ses distances avec les enseignants mis en cause dans les fraudes enregistrées lors du baccalauréat unique, session 2026. Son secrétaire général, Michel Pépé Balamou, affirme que le syndicat n’apportera aucun soutien aux 187 enseignants impliqués, tout en réclamant le respect de leurs droits devant la justice.
S’exprimant lors d’un point de presse, le responsable syndical a dénoncé des pratiques qu’il qualifie d’« antivaleurs » et incompatibles avec la mission d’un enseignant.
« Je ne peux pas imaginer qu’il y ait un enseignant qui passe neuf mois à donner des cours intensifs à ses élèves, puis qu’il soit associé à la commission des mêmes fraudes au profit de ces élèves qu’on a passé neuf mois à former », a-t-il déclaré.
Selon les chiffres communiqués par le SNE, 187 enseignants font actuellement l’objet de procédures liées à des cas de fraude sur l’ensemble du territoire national.
« Nous avons reçu des appels de nos représentants. Nous avons dit aux gens de rester à l’écart de ces antivaleurs, de ces pratiques déviantes », a indiqué Michel Pépé Balamou.
« Nous ne pouvons pas défendre ceux qui humilient la corporation »
Le secrétaire général du SNE estime que ces agissements portent atteinte à la crédibilité de l’école guinéenne et fragilisent les revendications syndicales.
« Nous ne pouvons pas défendre des gens qui n’honorent pas la corporation, qui humilient la corporation », a-t-il affirmé.
Selon lui, ces affaires de fraude reviennent régulièrement dans les échanges avec les autorités lors des négociations.
« On nous dit : vous réclamez, vous réclamez. Mais voilà, le niveau des enfants ne fait que baisser. Voilà que vos camarades sont toujours là en train de créer des groupes, des comités de rédaction, des stratégies de main à main pour contribuer à ternir l’image de la corporation enseignante et la crédibilité des examens », a-t-il ajouté.
Plus d’enseignants poursuivis que de candidats fraudeurs
Michel Pépé Balamou s’est également étonné des statistiques enregistrées cette année.
Selon lui, 145 candidats ont été identifiés comme fraudeurs, contre 187 enseignants impliqués dans les différentes procédures.
« Le nombre d’enseignants impliqués dans la fraude est largement supérieur au nombre d’élèves fraudeurs. C’est paradoxal. (…) Ça veut dire que c’est l’inversion des valeurs », a-t-il déploré.
Le syndicaliste rappelle avoir, à plusieurs reprises, appelé les enseignants à assainir leurs pratiques avant le début des examens.
Pas de soutien syndical, mais un procès équitable
Si le SNE exclut toute défense syndicale des enseignants pris en flagrant délit, Michel Pépé Balamou insiste néanmoins sur le respect des garanties judiciaires.
« Nous, on n’est pas prêts à défendre quelqu’un pris dans cette fraude. Mais nous sommes quand même pour qu’ils aient accès à un procès équitable dans le respect de leurs droits », a-t-il déclaré.
Pour lui, l’impunité favorise la répétition des mêmes pratiques.
« Si chaque fois, il faut aller libérer les gens des prisons et que chaque année il y a la récidive, ça ne nous honore pas. Ça nous affaiblit davantage », a-t-il estimé.
L’intelligence artificielle relance les interrogations sur la surveillance
Le responsable syndical s’est enfin interrogé sur l’efficacité du dispositif de surveillance dans les centres d’examen, évoquant notamment des copies dont certaines productions auraient été réalisées à l’aide de l’intelligence artificielle.
« Comment comprendre que deux surveillants soient dans une salle avec 30 élèves et qu’on puisse voir des copies ou des productions traitées par l’intelligence artificielle ? Ça veut dire que, vraiment, il n’y a pas la volonté de les surveiller », a conclu Michel Pépé Balamou.
Laguinee.info





