L’émotion était palpable, ce jeudi, sous les ors du Palais du Peuple. Venus en nombre, membres du gouvernement, confrères, parents et amis ont salué une dernière fois la mémoire d’El Souleymane Diallo, fondateur des journaux « La Lance et Le Lynx », disparu la semaine dernière. Mais parmi les témoignages, un récit a glacé l’assistance et rappelé à chacun ce que le mot « intégrité » veut dire.

C’est Ansoumane Bangoura, ancien président de l’Association de la Presse Guinéenne, qui a livré l’anecdote. La voix chargée de souvenirs, il raconte ce jour où un ministre, habitué des largesses intéressées, tend une enveloppe bien garnie à El Souleymane Diallo. La réponse du journaliste ? « Il lui a jeté l’argent. »
Un geste. Un simple geste. Mais qui, dans une profession parfois tentée par les compromissions, prend des allures de légende.

« Celui qui était déjà mon héros est devenu un véritable modèle pour moi », a confié Ansoumane Bangoura, décrivant le défunt comme « un journaliste accompli et un modèle d’intégrité ».
« Faire de son héritage un programme d’action»
Mais l’hommage ne s’est pas arrêté au souvenir ému. L’ancien patron de la presse guinéenne a transformé son témoignage en interpellation. Face à une salle remplie de journalistes, il a lancé : « Si nous voulons réellement être dignes de l’héritage de Souleymane Diallo, nous devons transformer ce moment de crise en une nouvelle aube et faire de son héritage un véritable programme d’action. »
Des mots qui résonnent comme un défi. Dans un paysage médiatique guinéen traversé de turbulences, où l’indépendance éditoriale reste un combat quotidien, le souvenir du fondateur du Lynx rappelle qu’une autre presse est possible. Celle qui refuse les enveloppes. Celle qui préfère la dignité aux compromis.
El Souleymane Diallo est parti. Mais son geste, lui, est resté dans la salle.
IAC, pour Laguinee.info





