spot_imgspot_imgspot_imgspot_img

Premier congrès ordinaire de PASTEF: Ousmane Sonko déroule une feuille de route pour la « révolution démocratique et souveraine »

spot_imgspot_imgspot_img

À LIRE AUSSI

C’est un discours-programme, un exercice de mémoire autant qu’une projection vers l’avenir, qu’a livré ce samedi le président de PASTEF-LES PATRIOTES, Ousmane Sonko, à l’occasion du premier congrès ordinaire du parti. Devant des délégués issus des 553 communes du Sénégal et de la diaspora, réunis au Centre international de conférences de Diamniadio, le leader reconduit à la tête de la formation a défini les fondations idéologiques, organisationnelles et programmatiques de ce qu’il appelle désormais « le passage du mouvement de rupture au parti de transformation historique ».

Pendant près d’une heure, dans une allocution dense, émaillée de références à Cheikh Anta Diop, Amilcar Cabral, Kwame Nkrumah, Frantz Fanon, Thomas Sankara ou encore Mamadou Dia, Ousmane Sonko a tenu à la fois un discours de victoire, un rappel des sacrifices consentis et un avertissement solennel contre les « tentations de restauration de l’ordre ancien » et « l’embourgeoisement » qui guettent tout mouvement une fois parvenu aux responsabilités.

Un congrès de « refondation »

Le simple fait que PASTEF-LES PATRIOTES tienne son premier congrès ordinaire est en soi un symbole. Dissous administrativement sous l’ancien régime, le parti a survécu dans la clandestinité avant de renaître officiellement en mars 2024, après l’abrogation du décret de dissolution. « Ce que certains pensaient réduire à un simple appareil administratif s’était déjà transformé en force populaire. Et lorsque le décret de dissolution fut finalement abrogé en mars 2024, une vérité était apparue aux yeux de tous : on peut dissoudre un parti sur le papier, mais on ne dissout pas une espérance devenue collective », a rappelé Ousmane Sonko, sous les applaudissements nourris des congressistes.

Le secrétaire général Mohamed Ayib Salim Daffé, « cheville ouvrière » du congrès selon les mots du président, a piloté des travaux qui ont vu des dizaines de contributions, de rapports et de textes d’orientation débattus et amendés. « Cela montre une chose essentielle : PASTEF-LES PATRIOTES n’est pas seulement une force électorale ; il est une force de pensée, d’organisation et de transformation », s’est félicité le leader.

D’une « intuition » à la conquête du pouvoir : la traversée du désert

Ousmane Sonko a longuement retracé le chemin parcouru depuis 2014. « Tout est parti d’une intuition devenue conviction : le Sénégal ne souffrait pas seulement d’erreurs de gouvernance, mais d’un système de dépendance profondément enraciné. » Il cite Frantz Fanon : « L’indépendance politique peut survivre à la dépendance réelle lorsque les structures profondes de domination demeurent intactes. »

Les débuts furent modestes. « Au début, beaucoup regardaient notre engagement avec condescendance. On nous présentait comme une force marginale, un regroupement de jeunes cadres de l’administration, d’intellectuels, définitivement incapables de peser dans le jeu politique sénégalais. Mais le peuple sénégalais, lui, entendait déjà autre chose. »

2017 marque une première brèche institutionnelle avec l’élection d’Ousmane Sonko comme député. 2019 voit une « poussée politique majeure » à la présidentielle. « Ce qui devait être une candidature de témoignage devint une poussée politique majeure. En quelques années seulement, une nouvelle génération politique s’imposait dans le paysage national. »

C’est à partir de ce moment, analyse-t-il, que « le système comprit que PASTEF-Les Patriotes n’était plus un simple parti d’opposition, mais l’expression politique d’une crise profonde de l’ordre postcolonial sénégalais ».

Le temps des épreuves

La suite est égrenée comme un chemin de croix. « Nous avons connu les humiliations et le mépris réservés à ceux qui refusent de courber l’échine. Nous avons connu les arrestations, les gaz lacrymogènes, les prisons, les campagnes de diffamation et le harcèlement judiciaire. »

« Nous avons été dissous administrativement dans l’espoir d’arrêter une dynamique devenue nationale. Les appareils judiciaire, sécuritaire et administratif, de même que certains médias, ont été mobilisés contre une opposition que le système ne parvenait plus à contenir. »

Puis vient l’évocation des victimes. « Nous avons vu des dizaines de jeunes tombés sous les balles lors des manifestations, plus de quatre-vingts morts selon plusieurs organisations de défense des droits humains. Mais plus la répression s’intensifiait, plus grandissait dans le pays la conviction qu’il ne s’agissait plus d’un affrontement politique ordinaire, mais de la confrontation entre un système en crise et un peuple qui refusait désormais de reculer. »

Malgré tout, le parti a tenu. « Pendant de longs mois, malgré la dissolution, l’emprisonnement de son leader, de ses dirigeants et de centaines de ses militants, le parti a continué à vivre de manière informelle, parfois clandestine, à travers ses militants, ses cellules, ses réseaux et ses alliances. Il a maintenu la flamme dans les quartiers, les villages, les universités, les stades, au sein de la diaspora et dans les espaces numériques. »

Une victoire électorale, et maintenant ?

L’accession au pouvoir en mars 2024 n’est pas présentée comme un aboutissement, mais comme un commencement. « Nous ne sommes pas réunis pour célébrer une victoire électorale comme on célèbre une fin. Nous sommes réunis parce qu’une brèche historique s’est ouverte et qu’il nous revient désormais de décider ce que nous allons en faire. »

Le président de PASTEF pose alors la question qu’il juge « radicale » : « Allons-nous laisser cette espérance être absorbée par l’ordre ancien ? Ou allons-nous organiser durablement la souveraineté du Sénégal ? »

Sa réponse tient en une formule : « Ce congrès marque le passage du mouvement de rupture au parti de transformation historique. Autrement dit, révolutionnaire. Notre responsabilité est désormais claire : organiser la souveraineté. »

Une matrice idéologique : le « panafricanisme souverainiste de transformation démocratique»

Ousmane Sonko a ensuite déroulé le socle doctrinal du parti. « La souveraineté politique, sans souveraineté économique, n’est qu’un drapeau flottant sur la dépendance. La souveraineté économique, sans justice sociale, devient le privilège de quelques-uns. La souveraineté nationale, sans horizon panafricain, demeure fragile dans un monde dominé par les grands ensembles. »

Il définit la matrice idéologique comme « un panafricanisme souverainiste de transformation démocratique », inscrit dans la continuité des « grands combats intellectuels et politiques africains, de Cheikh Anta Diop à Amilcar Cabral et Kwame Nkrumah, qui avaient compris que la souveraineté ne pouvait être ni seulement juridique ni seulement symbolique, mais devait être culturelle, économique et politique ».

Deux écueils sont explicitement rejetés : « le réformisme tiède qui administre les dépendances sans les combattre » et « le volontarisme autoritaire qui prétend parler au nom du peuple tout en l’éloignant des décisions ». La voie tracée est celle d’une « révolution démocratique, populaire et souveraine ».

Un bloc populaire et un parti « levain de la révolution »

Conscient qu’« aucune transformation historique ne se réalise sans force sociale organisée », Ousmane Sonko a longuement défini le bloc populaire sur lequel doit s’appuyer la révolution sénégalaise : « cette jeunesse qui a refusé la résignation, ces travailleurs du secteur formel et informel qui produisent les richesses du pays sans toujours en recevoir les fruits, ces femmes qui portent les solidarités sociales et l’économie quotidienne, ces paysans, ces pêcheurs, ces artisans, ces enseignants, ces agents publics, ces sportifs, ces intellectuels, artistes, acteurs culturels ».

Mais il y ajoute une dimension spirituelle et traditionnelle souvent absente des discours politiques : « ces spiritualités populaires qui continuent de structurer la société sénégalaise en profondeur : les femmes du bois sacré, les ndongo daara, les doomou jangu bii, les héritiers des grandes traditions spirituelles et communautaires qui ont appris à notre peuple la dignité, la discipline, la solidarité, le partage et la résistance ».

Le parti, lui, doit être « le levain de la révolution : cette force organisatrice qui relie les aspirations populaires à une stratégie de transformation durable ». Cela exige, précise-t-il, « un parti discipliné, formateur et idéologiquement clair, capable de produire de la pensée, d’éclairer les choix nationaux, de former ses militants, d’éviter les dérives bureaucratiques et de maintenir le lien vivant entre l’État et le peuple ».

L’avertissement contre les « tentations de restauration »

Le passage le plus commenté du discours aura sans doute été celui consacré aux risques de dévoiement. Sans nommer personne, Ousmane Sonko a livré une mise en garde qui n’a échappé à aucun observateur.

« Il arrive parfois que certains, au sommet même de l’État, soient tentés de prendre de la distance avec la dynamique populaire qui les a portés, au nom de la stabilité, des équilibres institutionnels ou des contraintes du moment et, souvent, pour des raisons beaucoup plus obscures. Ce risque existe dans toute révolution, la nôtre n’en fait pas exception. Mais nous devons être clairs : la révolution sénégalaise ne repose pas sur des trajectoires individuelles ; elle repose sur un peuple, un parti, une mouvance, une conscience historique collective. »

Et d’enfoncer le clou : « PASTEF-Les Patriotes n’a pas été créé pour gérer l’ordre ancien avec des visages nouveaux, ni à revendiquer un socle PASTEF sans PASTEF. La tendance à l’embourgeoisement, à s’éloigner du parti et du peuple ne doit pas prospérer. »

Un langage de fermeté qui rappelle que le parti entend garder le contrôle de la dynamique politique, y compris vis-à-vis de ceux qui, en son sein ou à ses marges, seraient tentés par l’autonomisation.

Un premier bilan de l’action gouvernementale

Sans entrer dans le détail technique, Ousmane Sonko a esquissé un bilan des deux premières années d’exercice du pouvoir. « Depuis notre arrivée aux responsabilités, nous avons commencé à traduire cette orientation dans les faits. Non pas parfaitement. Non pas sans difficultés. Mais avec une ligne claire : remettre l’État au service du peuple et replacer la souveraineté au cœur de l’action publique. »

Il a cité pêle-mêle : la révélation de « l’ampleur réelle de la situation financière héritée du passé », la « rationalisation de l’État », la renégociation de « plusieurs contrats dans tous les secteurs et notamment minier, pétrolier et gazier afin que les ressources du Sénégal profitent davantage au peuple sénégalais », la priorité donnée « aux véritables secteurs stratégiques pour une souveraineté agricole, alimentaire, énergétique, sécuritaire, plutôt qu’aux investissements de prestige », le refus des « diktats exogènes » et le recours à « des mécanismes endogènes et citoyens de financement de nos politiques publiques », ou encore le refus de « sacrifier le pouvoir d’achat du peuple, déjà durement éprouvé, sur l’autel d’un ajustement sauvage ».

« Ce ne sont pas encore des aboutissements. Ce sont les premiers déplacements d’un État qui commence à sortir progressivement des logiques héritées de la dépendance », a-t-il tempéré.

L’hommage aux « martyrs »

L’un des moments les plus solennels du discours a été consacré aux « martyrs » de la lutte. « Derrière cette victoire, derrière ce congrès, derrière cette espérance qui traverse aujourd’hui le Sénégal, il y a des sacrifices, des souffrances et des vies brisées. »

« Nous pensons à tous ceux qui ont été arrêtés, emprisonnés, blessés, humiliés pour leur engagement. Nous pensons à ces familles qui ont vécu l’angoisse des disparitions, des procès et de la répression. Mais nous pensons surtout à nos martyrs. À ces jeunes tombés dans les manifestations, souvent au seuil de leur vie, parce qu’ils avaient décidé de refuser l’injustice, le mépris et la confiscation de leur avenir. »

Il en tire une obligation : « Leur mémoire doit nous obliger. Nous n’avons pas le droit de trahir leur espérance en transformant cette révolution en routine administrative, en compromis de confort ou en simple alternance politique. Car le sang versé par un peuple crée une responsabilité historique. Car une révolution qui oublie ses martyrs finit toujours par oublier son peuple. »

Un message pour l’Afrique et le monde

Élargissant son propos, Ousmane Sonko a inscrit l’expérience sénégalaise dans un contexte mondial de « basculement ». « L’ordre international hérité de la fin de la guerre froide se fragilise. Les certitudes du néolibéralisme vacillent. Les tensions géopolitiques se multiplient, tandis que les inégalités, les crises climatiques, migratoires et les logiques de prédation aggravent les fragilités des peuples du Sud. »

Dans ce contexte, « l’Afrique entre à son tour dans une nouvelle séquence historique. Partout montent des aspirations à la souveraineté, à la dignité, à la maîtrise des ressources et à la reconquête des capacités nationales. »

Le Sénégal, a-t-il affirmé, « entend prendre toute sa place dans cette réflexion historique. Nous partageons avec les peuples africains la même aspiration à la souveraineté et à la dignité. Mais nous voulons également montrer qu’il est possible de porter une dynamique de rupture dans un cadre démocratique, populaire et institutionnel. »

Son ambition : « contribuer à l’émergence d’une Afrique souveraine, stable, productive, solidaire et respectée dans un monde juste, prospère et de paix ».

« Le Sénégal attend de nous des résultats »

En conclusion, Ousmane Sonko a dessiné l’horizon : « Nous voulons un Sénégal où aucun jeune ne sera condamné à choisir entre le chômage, l’exil ou le désespoir. Un Sénégal où les richesses tirées de notre sous-sol et de nos mers financeront les écoles, les universités, les hôpitaux, les infrastructures et la recherche plutôt que les privilèges d’une minorité ou la prospérité d’intérêts extérieurs. »

« Nous voulons un Sénégal réconcilié avec lui-même, fier de ses langues, de ses cultures, de ses spiritualités et de son histoire ; un Sénégal capable de dialoguer avec le monde sans se renier, de coopérer sans se soumettre, et d’avancer vers l’avenir sans tourner le dos à l’Afrique. »

Avant de lancer un dernier appel, presque un serment : « Restons debout. Restons cohérents. Restons dignes de ce peuple immense. Car une fois qu’un peuple a entrevu la possibilité de sa souveraineté, il ne l’oublie plus jamais. Organisons la souveraineté. Transformons l’État. Servons le peuple. Et faisons entrer définitivement le Sénégal dans le temps de sa liberté historique. »

Un discours qui fixe le cap et les lignes rouges

Ce premier congrès ordinaire de PASTEF-LES PATRIOTES restera comme un moment de clarification stratégique. En réaffirmant la primauté du parti sur les trajectoires individuelles, en fixant une ligne idéologique exigeante et en rappelant le prix payé par les militants, Ousmane Sonko a adressé un message à la fois à ses troupes, à ses alliés et à ses adversaires.

Reste désormais à traduire cette architecture doctrinale en actes de gouvernement, dans un contexte sous-régional troublé et face à des attentes populaires immenses. Le président de PASTEF en a lui-même conscience : « Le plus difficile n’est pas toujours de conquérir le pouvoir. Le plus difficile est de rester fidèle à la mission pour laquelle le peuple vous l’a confié.»

 

Laguinee.info

- Advertisement -
spot_img
spot_img
spot_img

ECHO DE NOS RÉGIONS