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Données de santé en Afrique : le pape Léon XIV dénonce un « colonialisme sous une autre forme », la Guinée parmi les pays concernés

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Dans son encyclique Magnifica Humanitas publiée le 25 mai 2026, le pape Léon XIV a pris une position forte contre les accords de partage de données sanitaires signés par les États-Unis avec dix-neuf pays africains, dont la Guinée. Le souverain pontife y voit une « nouvelle logique d’extraction » des données de santé dans les pays vulnérables, qu’il qualifie de « colonialisme sous une autre forme ».

Le Vatican a pris la parole. Et il a parlé d’Afrique, de données, et de pouvoir. Une encyclique qui pointe les accords sanitaires américains

Sans nommer explicitement la politique américaine, le pape Léon XIV évoque dans Magnifica Humanitas des « régions entières soumises à une appropriation des données, transformant les vies individuelles en informations exploitables ». La cible implicite est claire : les trente-deux accords sanitaires bilatéraux signés par les États-Unis dans le cadre d’une stratégie présentée par l’administration Trump comme une évolution de la coopération sanitaire internationale.

Selon le Département d’État américain, ces accords visent à renforcer les capacités de surveillance sanitaire par « la mise en place de systèmes de données permettant de suivre les données épidémiologiques, les données relatives à la prestation de services et les données relatives à la chaîne d’approvisionnement ». Une formulation technique qui, derrière sa neutralité apparente, concentre l’essentiel des inquiétudes soulevées par le pontife.

Dix-neuf pays africains signataires, dont la Guinée

La liste des pays africains ayant signé ces accords est longue : Botswana, Burkina Faso, Burundi, Cameroun, Côte d’Ivoire, République démocratique du Congo, Eswatini, Éthiopie, Kenya, Lesotho, Liberia, Madagascar, Malawi, Mozambique, Nigeria, Rwanda, Sierra Leone, Ouganda et Guinée.

Pour la Guinée, l’accord a été signé le 27 février 2026. Il porte sur un montant de 142,6 millions de dollars sur cinq ans (2026-2030) pour soutenir la réforme du système de santé. Les autorités guinéennes présentent ce partenariat comme une opportunité de renforcer un secteur confronté à des défis structurels majeurs, une lecture que le Vatican invite à nuancer.

La mise en garde centrale du pape : qui contrôle les données contrôle l’avenir

Le pape Léon XIV a formulé sa mise en garde avec une précision qui dépasse le seul registre moral. « Ceux qui contrôlent les données de santé de populations entières, souvent collectées sous prétexte d’aide, de recherche ou d’innovation, disposent d’un levier structurel sur l’avenir, car ils peuvent façonner les besoins et les marchés. Ils peuvent aussi décider, avant tout le monde, à qui seront attribués les médicaments, les investissements et les protections », a-t-il déclaré.

Sa conclusion est sans ambiguïté : « Sans cela, l’ère numérique ne sera pas postcoloniale, mais coloniale sous une autre forme. »

Des résistances sur le continent

Le souverain pontife n’est pas seul à exprimer des réserves. Plusieurs pays africains ont refusé ou suspendu ces accords. Le Ghana les a rejetés en raison des exigences liées au partage de données sensibles. Le Zimbabwe a qualifié l’accord d’« asymétrique ». La Zambie a jugé certaines clauses contraires aux intérêts nationaux. Au Kenya, un accord pourtant signé a été suspendu par décision judiciaire à la suite d’une action introduite par une organisation de consommateurs.

Plusieurs spécialistes de santé publique soulèvent une interrogation fondamentale : les pays partenaires pourraient être amenés à fournir des informations stratégiques sur leurs épidémies et leurs agents pathogènes sans disposer de garanties explicites quant à l’accès futur aux vaccins, traitements ou innovations qui pourraient résulter de leur exploitation. Un déséquilibre potentiel que le Vatican juge inacceptable sur le plan éthique.

Un contexte international en mutation

Cette controverse s’inscrit dans un contexte plus large de recomposition de la coopération sanitaire internationale. La restructuration de l’USAID, le retrait partiel des États-Unis de l’Organisation mondiale de la santé et la réduction de certaines lignes d’aide étrangère ont redéfini le cadre dans lequel ces accords opèrent. Washington affirme vouloir promouvoir une plus grande autonomie des systèmes de santé partenaires à travers des mécanismes reposant davantage sur le cofinancement et les résultats, une approche que ses critiques voient comme une conditionnalité déguisée.

La question posée par le pape Léon XIV dépasse le seul cadre religieux ou éthique. Elle touche à la souveraineté numérique des États africains, à leur capacité à protéger les données de leurs citoyens et à négocier des partenariats équilibrés dans un monde où la donnée de santé est devenue une ressource stratégique. Pour la Guinée, comme pour les dix-huit autres pays africains concernés, la question mérite un débat public à la hauteur des enjeux.

 

Laguinee.info

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