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Mines en Guinée : le BEQPM, vigie méconnue de l’État sur les exportations minières

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Créé en 2018 et progressivement renforcé, le Bureau des Évaluateurs de Quantités des Produits Miniers (BEQPM) est l’organe étatique chargé du contrôle et de la certification de toutes les cargaisons minières exportées depuis la Guinée. Méconnu du grand public, il joue pourtant un rôle stratégique dans la sécurisation des revenus miniers du pays. Avec le démarrage du méga-projet Simandou, sa mission prend une dimension nouvelle.
Chaque tonne de bauxite, de fer ou d’alumine qui quitte un port guinéen passe sous son contrôle. Le BEQPM, c’est l’œil de l’État dans les navires.
Une institution née d’un vide béant
Avant 2019, l’administration minière guinéenne était quasi absente des sites d’exportation. Les données quantitatives et qualitatives sur les minerais exportés étaient lacunaires, les expertises faisaient défaut au niveau de l’administration minière, et le laboratoire national de géologie peinait à suivre le rythme des sociétés minières.
C’est pour combler ce vide que le Bureau des évaluateurs de quantités et qualité des minerais à l’exportation a été créé en 2018, par l’Arrêté N° A/2018/4888/MMG/SGG du 19 juin 2018. Érigé en Direction générale par décret en janvier 2022, il a adopté sa dénomination actuelle, Bureau des Évaluateurs de Quantités des Produits Miniers, par décret du 23 mai 2025.
Ce que fait concrètement le BEQPM
Les missions de cette structure sont à la fois techniques et stratégiques. Elle assure le contrôle et le suivi quotidien de la production et des exportations, surveille les opérations de chargement dans les barges, contrôle les stocks dans les zones portuaires et vérifie les quantités transportées par les camions au niveau des ponts bascules.
Sa mission la plus critique reste cependant l’opération dite de Draft Survey, la méthodologie officielle d’évaluation des quantités de minerais embarquées dans les navires, à quai ou en haute mer. Le principe est celui d’une double pesée : le navire est mesuré à vide à son arrivée, puis à nouveau après chargement. La différence entre les deux mesures détermine la quantité réelle de cargaison exportée. À l’issue de cette opération, le BEQPM émet un certificat de cargaison, document officiel attestant les quantités embarquées et engageant la responsabilité de l’État dans la chaîne de traçabilité des exportations minières.
Sept ans de surveillance, des dépassements documentés
L’un des apports les plus concrets du BEQPM est la détection et la documentation des dépassements de cargaison, c’est-à-dire les quantités exportées au-delà des déclarations initiales des sociétés minières.
Le tableau récapitulatif couvrant la période 2019-2025 est éloquent. En 2019, première année de déploiement, 7 sociétés ont exporté 68,9 millions de tonnes, avec un dépassement de 6 442 tonnes, un chiffre encore modeste, reflet d’un dispositif naissant. En 2024, 16 sociétés ont exporté 145,8 millions de tonnes, avec un dépassement record de 819 586 tonnes. En 2025, malgré une progression des exportations à 182,8 millions de tonnes impliquant désormais 25 sociétés, le dépassement a été ramené à 389 853 tonnes, signe d’un meilleur encadrement et d’un dispositif de contrôle plus rodé.
Ces chiffres illustrent à la fois la montée en puissance du secteur minier guinéen et l’enjeu financier que représente la rigueur du contrôle pour les recettes de l’État.
Simandou : un cap historique franchi
Le BEQPM a franchi un seuil symbolique et opérationnel majeur avec le démarrage du méga-projet Simandou. Le 9 novembre 2025, il a participé à la réception du premier navire, le MV Winning Youth, pour évaluer son poids à vide. Depuis lors, il assure le suivi de toutes les opérations de chargement et d’exportation des deux grandes sociétés du projet, BWCS et SimFer.
À la date du 5 mai 2026, le Bureau avait émis des certificats pour 18 navires partis du port de Morebaya, représentant une cargaison globale de 3 484 781 tonnes depuis le lancement officiel du projet en novembre 2025. En moins de six mois d’exploitation, Simandou a donc déjà généré près de 3,5 millions de tonnes d’exportations certifiées par l’État guinéen.
Un déploiement sur tout le littoral guinéen
Les équipes du BEQPM sont présentes sur l’ensemble des sites portuaires où s’effectuent les exportations minières : Conakry, Forécariah, Boffa et Boké-Kamsar pour la bauxite, avec des zones spécifiques pour l’alumine et pour le fer, notamment à Konta et Morebaya dans le cadre du projet Simandou.
Entre le sous-sol guinéen et les recettes de l’État, il existe une chaîne de contrôle qui peut être solide ou poreuse selon que l’administration se donne ou non les moyens de la faire fonctionner. Le BEQPM construit cette chaîne depuis 2018, tonne par tonne, navire par navire, certificat par certificat. Son rôle, discret mais essentiel, mérite d’être connu du public guinéen.

Laguinee.info

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