L’homme est à l’image de Dieu.
Le pèlerinage est l’un des piliers fondamentaux de l’islam. Tout fidèle musulman aspire à l’accomplir au moins une fois dans sa vie, afin de se conformer à une prescription sacrée qui exalte la foi et élève les mœurs. Certes, n’y va pas qui veut, mais qui peut. Car il ne suffit pas d’en nourrir l’ardente volonté : encore faut-il disposer des ressources nécessaires pour un voyage qui reste hors de portée du commun des mortels. Surtout, le préalable absolu demeure la pureté de l’intention avant de s’y aventurer, sous peine de se perdre soi-même dans une démarche dépourvue de sincérité.
Si le repas est le propre des riches et l’appétit le lot des pauvres, la piété, elle, devrait être l’apanage exclusif des croyants sincères et constants. Pourtant, le pèlerinage apparaît parfois comme le privilège des nantis, qui en font un symbole de réussite sociale et une vitrine de leur opulence, plutôt qu’un acte d’allégeance et d’humilité face à l’Éternel.
Ainsi, certains pèlerins ne sont pas toujours perçus comme des dévots entièrement acquis à la foi, mais plutôt comme des figures publiques en quête d’une absolution opportune pour leurs fautes, leurs dérives morales ou leurs excès passés.
Bah Oury, quant à lui, aura attendu d’occuper les fonctions de Premier ministre, dans un contexte marqué par la répression et l’oppression, pour se rendre sur les lieux saints de l’islam. Ses détracteurs lui reprochent de vouloir implorer la grâce divine au moment même où, dans son propre pays, des familles entières le désignent comme le responsable ou le complice d’une politique jalonnée d’injustices et de violences.
Dans cette lecture critique, il y a une contradiction flagrante à prétendre rechercher la miséricorde céleste tout en étant associé à des actes qui heurtent de front les principes de la religion et les valeurs fondamentales de l’humanité. À la limite, affecter d’adorer le Créateur tout en infligeant à ses créatures des souffrances et des exactions, dans un climat de mépris et d’arrogance, s’apparente à un défi jeté à la justice divine.
Il y a fort à parier que le sursaut de foi tardif d’un homme à la conscience chargée, et dont l’exercice du pouvoir est entaché de lourdes accusations, ne saurait suffire à effacer les fautes commises ni à dissoudre la responsabilité morale de ses actes.
Dieu est certes infiniment clément et miséricordieux, mais Il est aussi Celui qui châtie ceux qui transgressent Ses commandements et s’arrogent un pouvoir illégitime sur la vie et la dignité d’autrui.
La foi ne se réduit pas à un voyage à La Mecque mis en scène pour le paraître. Elle s’incarne et se manifeste d’abord dans le comportement quotidien, guidé par l’éthique, la justice et la rectitude morale, quelles que soient les circonstances.
Dans cette perspective, Bah Oury semble croire qu’il peut instrumentaliser son rapport au Divin comme il manipule les alliances politiques. Mais face à la justice transcendante, le calcul pourrait s’avérer vain. Tant pis pour les conséquences.
Souleymane Souza Konaté





