La Délégation Syndicale de la Banque Centrale de la République de Guinée (BCRG) a adressé au gouverneur de l’institution deux courriers officiels datés des 12 et 15 mai 2026, dans lesquels elle dénonce avec une fermeté inhabituelle une note circulaire jugée intimidatrice, des engagements sociaux non tenus et une gouvernance qualifiée de défaillante. En signe de mobilisation, le personnel est appelé à porter une tenue rouge à compter du lundi 18 mai. Une assemblée générale est prévue le 22 mai.
À la Banque Centrale, quelque chose a craqué. Et le syndicat le dit sans prendre de gants.
Une note circulaire qui met le feu aux poudres
Tout part d’une note circulaire — la N°136/DGASJ/DRH/SAP/CIRC/2026 du 30 avril 2026. Dans un courrier officiel signé par le secrétaire général Lanfia II Touré, la Délégation Syndicale la dénonce « avec la plus grande fermeté ». Le motif : cette circulaire aurait pour « objectif principal de faire porter aux seuls cadres et agents de la Banque la responsabilité d’un dysfonctionnement managérial ».
Pour le syndicat, c’est une ligne rouge franchie. « Cette circulaire constitue une tentative inacceptable d’intimidation du personnel et de diversion visant à masquer de graves défaillances de gouvernance qui minent la Banque Centrale depuis plusieurs années », tranche le courrier, sans ménagement.
La Délégation Syndicale retourne l’argument contre la direction : les problèmes de ponctualité et d’assiduité soulevés dans la note ne sont pas une cause, mais « une conséquence directe d’un système de gestion caractérisé par une centralisation excessive et contreproductive du pouvoir décisionnel entre vos mains et celles de votre Assistant ». En clair : on ne peut pas exiger du rendement à des agents qu’on a préalablement privés de toute capacité d’action réelle.
Une paralysie administrative dénoncée au sommet
Le syndicat va plus loin. Il accuse la direction d’avoir violé la Décision N°D/0000-378/2021/BCRG du 29 juillet 2021 relative aux pouvoirs de signature, en concentrant la moindre décision au cabinet du gouverneur. Résultat décrit en des termes sévères : « Les cadres sont aujourd’hui réduits à un rôle de figurants, privés de toute capacité réelle d’action, dans un système où la moindre décision est confisquée au cabinet. »
À cela s’ajoute « un sous-effectif chronique dans toutes les Directions », imposant selon le syndicat une « surcharge de travail insoutenable, sans accompagnement — sans formation ni primes ». Et en toile de fond, « l’absence totale de vision stratégique depuis plusieurs années » qui aurait plongé l’Institution dans « une gestion à vue, faite d’improvisations et de décisions unilatérales ».
Le constat est brutal, formulé par une organisation syndicale qui connaît l’institution de l’intérieur. Et il est signé, tamponné, remis en main propre au cabinet du gouverneur.
Des engagements signés en juillet 2025, et restés lettre morte
Dans un second courrier daté du même jour, la Délégation Syndicale soulève un autre dossier : la non-exécution du protocole d’accord signé le 22 juillet 2025. Un texte qui engageait la direction sur plusieurs points concrets, et qui, dix mois plus tard, n’aurait toujours pas été mis en œuvre.
La liste des griefs est longue. Sur les acquis sociaux : remise en cause des évacuations sanitaires à l’extérieur, non-respect du droit à la formation, non-respect des engagements relatifs aux agents détachés, remise en cause de l’organisation des pèlerinages, absence de visites médicales systématiques. Sur la qualité de vie au travail : les bureaux du nouvel immeuble R+12 souffrent d’un manque d’intimité qui affecte directement « les conditions de travail, le rendement ainsi que le bien-être du personnel ». Sur les mesures sociales : les deux cantines prévues ne sont pas opérationnelles, et le fonds de solidarité d’urgence pour les sinistres n’a pas été mis en place. Sur la gestion des carrières : des intérimaires permanents non confirmés, une précarité professionnelle maintenue pour plusieurs agents. Et enfin, sur le dialogue social : des décisions prises unilatéralement, sans consultation préalable de la Délégation Syndicale.
« Le non-respect des engagements issus d’un protocole d’accord constitue une obligation morale et sociale indispensable à la préservation d’un climat de confiance au sein de l’Institution », rappelle le syndicat, avant d’avertir clairement : « À défaut de dispositions satisfaisantes dès la réception de ce courrier, la Délégation Syndicale se verra dans l’obligation d’utiliser tous les moyens légaux pour se faire entendre. »
Des recommandations structurelles, pas seulement des plaintes
Au-delà des griefs, la Délégation Syndicale formule des recommandations précises, organisées en cinq axes. Restaurer un climat de confiance : mettre fin aux contrôles physiques intimidants, reconnaître les efforts des agents par des primes. Décentraliser la gestion : appliquer strictement la décision sur les pouvoirs de signature, redonner aux directeurs et chefs de services leurs prérogatives normales, réduire les circuits de validation qui paralysent les activités. Recentrer le rôle du gouverneur sur les orientations stratégiques, et limiter explicitement les activités de son assistant à la gestion de l’agenda. Adapter les effectifs aux réalités opérationnelles par un audit des charges de travail et des recrutements. Enfin, préserver la quiétude sociale en évitant toute mesure unilatérale susceptible d’aggraver les tensions.
Tenue rouge et assemblée générale : la mobilisation est lancée
Le communiqué du 15 mai 2026, signé du même secrétaire général Lanfia II Touré, traduit le passage à l’acte. « En raison du non-respect des engagements pris par les Autorités de la Banque, il est demandé à toutes les travailleuses et à tous les travailleurs de porter désormais une tenue rouge, jusqu’à nouvel ordre, à compter du lundi 18 mai 2026, en signe d’unité, de solidarité et de mobilisation. »
Une assemblée générale d’information et de concertation est convoquée pour le vendredi 22 mai 2026, de 9h00 à 10h30, au siège de la BCRG ainsi que dans toutes ses agences à l’intérieur du pays. Le mot d’ordre clôt le communiqué comme un avertissement : « Ensemble, unis, nous vaincrons. »
La BCRG traverse une crise sociale sérieuse. Le syndicat a posé ses conditions, fixé ses délais et annoncé ses prochains pas. La direction, elle, n’a pas encore répondu publiquement. Ce que le gouverneur choisira de faire, ou de ne pas faire, dans les prochains jours déterminera si cette tension se résout autour d’une table, ou si elle se prolonge dans la rue.
Laguinee.info





