Le Tribunal de première instance de Guéckédou a rendu son verdict : Mademoiselle Aïcha Tchamy Tolno, connue sur Facebook sous le pseudonyme « AT Tchamy Tolno », est condamnée à six mois de prison avec sursis, cinq millions de francs guinéens d’amende et une interdiction d’utiliser les réseaux sociaux pendant six mois. Une décision qui s’inscrit dans un contexte de fermeté croissante de la justice guinéenne face aux dérives numériques.
Elle cumulait les abonnés. Elle accumulait aussi les publications que la justice a fini par qualifier de délits. L’influenceuse de Guéckédou vient d’en payer le prix.
De Facebook à la maison d’arrêt
Tout commence le vendredi 8 mai 2026. Aïcha Tchamy Tolno est interpellée à son domicile situé au quartier Hermakonon, dans la commune urbaine de Guéckédou, par les services de l’OPROGEM du commissariat central de police. Cette arrestation fait suite à la diffusion, sur les réseaux sociaux, notamment Facebook, de plusieurs vidéos et publications contenant des propos jugés injurieux et outrageants.
Déférée au parquet le lundi 11 mai 2026, elle a été entendue sur procès-verbal en cas de flagrant délit avant d’être placée sous mandat de dépôt à la maison d’arrêt et de correction de Guéckédou. Le procureur de la République, Patrice Koma Koivogui, avait alors communiqué officiellement sur l’affaire, rappelant que la prévenue bénéficiait à ce stade de la présomption d’innocence.
Le verdict : une peine triple
Statuant publiquement, contradictoirement, en matière correctionnelle et en première instance, le tribunal a déclaré Aïcha Tchamy Tolno coupable du délit d’atteinte et de menaces à l’ordre et à la sécurité publique, à la dignité humaine par le biais d’un système informatique.
La sanction est triple. Sur le plan pénal : six mois de prison assortis du sursis, la condamnée ne sera pas incarcérée, sauf nouvelle infraction. Sur le plan financier : une amende de cinq millions de francs guinéens. Sur le plan numérique enfin : suppression de tous les contenus injurieux publiés et interdiction d’utiliser les réseaux sociaux pendant six mois.
Le tribunal a fondé sa décision sur les articles 363, 366, 17, 536 et 55 du Code pénal guinéen, ainsi que sur les articles 3, 31 et 32 de la loi relative à la cybersécurité et à la protection des données à caractère personnel en République de Guinée.
Un parquet qui avait sonné l’alarme dès le départ
Dès l’annonce de l’arrestation, le procureur Koivogui avait tenu à poser le cadre : « Les réseaux sociaux ne sont pas des zones de non-droit », insistant que la liberté d’expression, garantie par la Constitution, « ne saurait être assimilée à la liberté d’insulter, de diffamer ou d’inciter à la haine et à la violence.»
Le parquet avait également pris une précaution rarissime : il avait invité les citoyens à faire preuve de retenue en s’abstenant de partager les images de l’intéressée sur les réseaux sociaux avec des commentaires ou qualificatifs susceptibles de porter atteinte à son honneur, sous peine de poursuites judiciaires. Un rappel qui visait à éviter que l’emballement médiatique ne crée lui-même de nouveaux délits.
Une tendance de fond dans la justice guinéenne
Cette affaire ne surgit pas dans le vide. Elle s’inscrit dans une ligne jurisprudentielle qui se dessine clairement en Guinée depuis plusieurs mois. En avril 2026, la justice avait déjà condamné la chanteuse Yama Séga et l’influenceuse Maya La Solution à deux ans de prison avec sursis après des insultes virales ayant choqué l’opinion, des propos jugés attentatoires à l’ordre public.
Le message est désormais clair et répété : qu’on soit à Conakry ou à Guéckédou, qu’on soit chanteuse ou simple internaute, les publications sur les réseaux sociaux engagent leur auteur devant la loi guinéenne.
Le cas d’Aïcha Tchamy Tolno illustre une réalité que beaucoup d’utilisateurs de réseaux sociaux ignorent encore : en Guinée comme ailleurs, la liberté de publier n’est pas la liberté de tout dire. La justice de Guéckédou vient de le rappeler avec une clarté qui devrait donner à réfléchir bien au-delà des frontières de la Forêt guinéenne.
Laguinee.info





