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Violences en milieu scolaire : Michel Pépé Balamou plaide pour la dignité et l’humanité de l’enseignant

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Alors qu’un cas de violence sur élève imputable à un enseignant continue d’alimenter le débat public en Guinée, Michel Pépé Balamou, secrétaire général du Syndicat National de l’Éducation et lui-même enseignant, a pris la plume pour un plaidoyer rare : celui d’un homme de terrain qui appelle à regarder la réalité du métier en face, sans angélisme mais sans condamnation sommaire.

Filmer. Partager. Condamner. Le circuit est devenu si rapide que l’on n’a plus le temps de comprendre. Michel Pépé Balamou, lui, prend ce temps.

Un métier sous tension permanente

Le syndicaliste ne minimise rien. Il contextualise. Dans son texte, il décrit un quotidien enseignant que la société préfère souvent ignorer : celui d’hommes et de femmes qui entrent chaque matin en classe avec, parfois, le poids du monde sur les épaules.

« L’école n’est plus ce sanctuaire protégé d’autrefois », écrit-il, pointant la montée d’incivilités que les enseignants affrontent désormais au quotidien : insultes, menaces, voire agressions physiques de la part d’élèves. Un tableau qui contraste avec l’image encore idéalisée du maître intouchable et serein.

Mais la tension ne s’arrête pas aux portes de la classe. Michel Pépé Balamou énumère les assauts de la vie ordinaire qui fragilisent l’équilibre de l’enseignant avant même qu’il n’entre dans sa salle : la cherté de la vie et la précarité financière, les charges familiales pesantes, le stress domestique: un loyer impayé, un enfant malade sans ordonnance, un foyer en crise. « Lorsqu’un enseignant entre en classe avec le poids du monde sur ses épaules », écrit-il, « le moindre geste d’impolitesse d’un élève peut devenir l’étincelle qui fait vaciller une maîtrise de soi déjà fragilisée par des traumatismes psychologiques. »

Le droit à l’erreur : une question d’humanité

Le cœur du plaidoyer tient en une question simple, posée avec franchise : pourquoi refuser à l’enseignant ce que l’on accorde naturellement aux autres professionnels ?

« Le plus grand chirurgien peut commettre une erreur médicale, le meilleur pilote peut rater un atterrissage, et le footballeur de génie peut manquer un penalty crucial », rappelle le syndicaliste. Et de conclure : « L’erreur n’est pas une fin en soi, elle est le signe de l’humanité de celui qui exerce. »

Il ne s’agit pas, dans l’esprit de Michel Pépé Balamou, de blanchir des comportements déviants. Il le précise lui-même : ces comportements, « qu’ils surviennent à l’école, à l’hôpital ou au sein des foyers », sont regrettables. Mais il invite à ne pas s’arrêter à la condamnation. « Condamner sans chercher à comprendre les racines du mal ne résout rien », avertit-il.

Un appel à ceux qui filment et partagent

L’un des passages les plus forts du texte s’adresse directement à ceux qui, smartphone en main, s’empressent de diffuser les faux pas des enseignants sur les réseaux sociaux. « À ceux qui, aujourd’hui, utilisent leurs écrans pour filmer et dénoncer la chute d’un maître, rappelez-vous ceci : si vous savez aujourd’hui lire, écrire, compter et partager ces contenus, c’est parce qu’un enseignant a cru en vous. »

Une interpellation qui ne cherche pas à protéger les fautifs, mais à remettre de la mémoire et de la nuance dans un débat souvent réduit à la réaction épidermique. Le syndicaliste reconnaît que les temps ont changé, « même si nous ne faisons pas l’apologie de la violence », mais appelle à « retrouver le sens de la considération ».

Un plaidoyer pour la dignité, pas pour l’impunité

Michel Pépé Balamou prend soin de distinguer deux choses que le débat public a tendance à confondre : comprendre n’est pas excuser, et défendre la dignité de l’enseignant ne revient pas à couvrir ses fautes. Son texte est celui d’un homme qui connaît le terrain, qui sait ce que coûte ce métier, et qui refuse que la première image virale suffise à résumer une vie de service.

« L’enseignant mérite notre respect, non parce qu’il est parfait, mais parce qu’il continue de se tenir debout malgré la tempête », conclut-il. « Soutenir nos enseignants, c’est préserver l’avenir de nos enfants. »

Entre le SLECG qui rappelle la loi et condamne toute violence, et Michel Pépé Balamou qui plaide pour l’humanité de l’enseignant, le débat guinéen sur la violence en milieu scolaire gagne en profondeur. Reste à espérer que cette profondeur débouche sur des réponses concrètes : meilleures conditions de travail, soutien psychologique, revalorisation du statut. Car sans cela, les plaidoyers, aussi sincères soient-ils, resteront des mots face à une réalité qui, elle, ne change pas.

 

Laguinee.info

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