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Quand l’histoire se répète…(Souleymane Souza Konaté)

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Certains Guinéens semblent s’enfermer dans une quête de l’impossible, exigeant simultanément une chose et son contraire. Hier encore, on enjoignait la classe politique de bannir la stratégie de la chaise vide ; aujourd’hui, on fustige sa naïveté lorsqu’elle accepte de se mesurer à des régimes autocratiques passés maîtres dans l’art de la fraude. Pendant des décennies, la participation aux scrutins a été érigée en dogme face au boycott, alors même que les conditions d’une consultation transparente faisaient cruellement défaut et que les arbitres de la République manquaient de la plus élémentaire neutralité.

Au nom du dialogue, de la paix sociale et de la concorde nationale, l’opposition a consenti, tant bien que mal, à jouer une partition démocratique délibérément faussée. De tout temps, les opposants ont embrassé les processus électoraux avant de se raviser devant la délinquance politique des tenants du pouvoir. Pourtant, d’aucuns tentent aujourd’hui d’insinuer que le désir d’apaisement ou l’esprit républicain seraient des artifices récents, forgés pour justifier de nouvelles postures.

Ceux qui débarquent tardivement dans un monde déjà vieux prétendent s’arroger le monopole du patriotisme. Ils s’érigent en gardiens de la stabilité nationale, comme s’ils étaient plus soucieux du destin collectif que ceux qui refusent désormais de jouer le rôle de dindons de la farce électorale. D’autres, bien avant eux, ont tenté l’expérience à leurs risques et périls pour n’en tirer qu’une conclusion amère : leur bonne foi et leur sens aigu des responsabilités ont trop souvent émoussé l’exigence démocratique, repoussant ainsi indéfiniment l’heure de la victoire.

C’est pourquoi le choix a été fait, avec une clarté et une cohérence sans faille, de ne plus cautionner le torpillage de la démocratie. Participer à des simulacres d’élections ne revient qu’à légitimer des hold-up électoraux. En réalité, seuls ceux qui puisent leur force dans une réelle onction populaire peuvent légitimement exiger des élections libres, inclusives et transparentes.

Les autres, entrés en politique par opportunisme ou pour satisfaire des intérêts purement mercantiles, s’attachent surtout à complaire au pouvoir en place. Ils en deviennent les relais zélés, parfois même le bras armé contre les forces politiques jugées menaçantes. Ce n’est point devant les électeurs qu’ils battent campagne ; ils attendent dans l’ombre du Prince qu’il leur distribue des prébendes et décide de leur sort. Leur survie politique est organiquement liée à l’éviction des véritables leaders et à l’entretien d’une hostilité factice dont profitent ces candidats de substitution.

Dépourvus d’ancrage, ces « déambulateurs politiques », véritables bagages encombrants de tous les régimes successifs, ces « essuie-glaces », pour reprendre l’expression d’Alassane Ouattara, n’ont aucune chance de s’imposer par la voie des urnes. Pêcheurs en eaux troubles, ils ne prospèrent que sous les régimes d’exception. Ils s’accommodent à merveille d’un système où les sièges se négocient et les mandats s’octroient à la tête du client, selon le bon vouloir du commanditaire.

Il ne s’agit là que d’une légitimité d’apparat au sein d’une démocratie de façade. Car, au fond, quelle fierté peut-on puiser dans un titre d’élu lorsque l’on sait pertinemment n’avoir jamais reçu le suffrage du peuple ? Heureusement, la supercherie porte en elle les germes de sa propre fin, car le peuple n’est jamais dupe éternellement. L’histoire finit toujours par rétablir la vérité et remettre les pendules à l’heure.

Le président, les maires, les députés, ainsi que cette opposition factice issue du processus électoral engagé le 28 décembre 2025 ne sauraient être reconnus comme l’émanation de la volonté souveraine. Ce scrutin, marqué par l’opacité, l’exclusion et le mépris des principes démocratiques, n’est pas le choix des citoyens guinéens. Le retour à l’ordre constitutionnel est une nouvelle fois trahi, la démocratie mise sous boisseau, et les véritables élections restent encore à conquérir.

La transition se poursuit désormais telle une nef sans boussole, un navire ivre qui, tel le RMS Titanic, semble foncer inexorablement vers son naufrage. Mais des décombres de cet immense gâchis finira par émerger une démocratie authentique. Une démocratie capable de réconcilier enfin les citoyens avec leurs institutions et d’assainir un espace public aujourd’hui infesté par les fossoyeurs de la République, ces derniers s’étant unis pour le pire au détriment des plus valeureux.

Car, en dernière instance, la vérité et la justice demeurent les seuls attributs éternels.

 

Souleymane Souza Konaté 

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