Dans une longue lettre écrite depuis la prison en Afrique du Sud, le militant panafricaniste Kemi Seba conteste point par point les accusations portées contre lui, dont celle de préparer des attentats en Europe. Il décrit les circonstances de son arrestation le 13 avril 2026 à Pretoria, dénonce l’implication de services secrets français et béninois, et révèle avoir sollicité l’aide de l’idéologue russe Alexandre Douguine pour tenter de quitter le territoire sud-africain.
La lettre est longue. Les accusations, nombreuses. Et la plume, acérée. Depuis sa cellule en Afrique du Sud, Kemi Seba, président de l’ONG Urgences Panafricanistes, a adressé une lettre publique aux Africains et à la diaspora, dans laquelle il conteste chacune des accusations portées contre lui et livre sa version des événements qui ont conduit à son arrestation et à celle de son fils Khonsou.
Une arrestation montée en scène selon lui
Le militant retrace avec précision le fil des événements du 13 avril 2026. Recherché par Interpol depuis la délivrance d’un mandat d’arrêt international béninois en décembre 2025, lié à son soutien verbal au coup d’État survenu au Bénin le 7 décembre 2025, il affirme avoir cherché à quitter l’Afrique du Sud après avoir été averti par un contact que les services de renseignement l’avaient localisé dans le pays, sans connaître son adresse exacte.
C’est l’idéologue russe Alexandre Douguine qui aurait organisé son exfiltration vers le Zimbabwe, puis Moscou et enfin le Niger. Le 13 avril, lors d’un transfert entre deux équipes de sécurité sur un parking de Pretoria, des hommes cagoulés, qu’il pensait être les agents chargés de lui faire traverser la frontière, l’ont embarqué. Il n’a réalisé qu’à l’arrivée qu’il s’agissait en réalité d’une unité policière infiltrée travaillant pour les services secrets sud-africains.
L’accusation d’attentat, une « affabulation » selon lui
Parmi les accusations qui ont le plus choqué le militant, celle selon laquelle il préparait des attentats en Europe. Kemi Seba la rejette avec force. « Moi qui produis une pensée intellectuellement élaborée au sein de laquelle je rappelle que le fait d’ôter la vie d’un individu est étranger à l’ontologie africaine. Moi qui ai toujours publiquement refusé la violence », écrit-il. Il affirme avoir interrogé au tribunal l’un des hommes arrêtés avec lui, un nationaliste boer dénommé François Van der Merwe, qui lui aurait juré n’avoir jamais tenu de tels propos et dénoncé lui-même un coup monté.
Un deuxième mandat d’arrêt qualifié de « fabriqué »
Kemi Seba conteste également l’existence d’un second mandat d’arrêt béninois, daté rétroactivement de juin 2025 et portant sur des accusations de blanchiment de capitaux. Il argue que si ce mandat avait réellement existé, il aurait été interpellé lors de ses nombreux déplacements internationaux, et que le gouvernement béninois l’aurait publicisé au même titre que le premier. Il l’attribue à une fabrication récente destinée à alourdir le dossier d’extradition.
Une machination à trois États
Le militant désigne nommément les responsables selon lui de sa situation : les services secrets français, le gouvernement béninois de Patrice Talon et certains membres blancs des services secrets sud-africains. « Jamais au XXIe siècle une voix anticolonialiste africaine n’a fait l’objet d’autant de persécutions et d’une aussi grande machination incluant trois États à minima », écrit-il.
Une pensée pour sa famille
La lettre se termine par des mots adressés à son fils Khonsou, incarcéré dans un secteur différent de la prison, à ses autres enfants dont certains seraient bloqués au Bénin avec leur mère, et à ses parents âgés, dont les passeports auraient été confisqués par les autorités béninoises. « S’il leur arrive quelque chose, à eux ou à mes deux derniers enfants et leur maman, le gouvernement béninois le paiera », avertit-il.
Kemi Seba conclut sa lettre par un appel à la mobilisation de ses partisans et une profession de foi militante : « C’est lorsqu’on me persécute le plus, qu’on me poignarde le plus, que mes forces décuplent. »
Les autorités béninoises, françaises et sud-africaines n’ont pas répondu aux accusations formulées dans cette lettre au moment de notre bouclage.
Laguinee.info





