Le parquet spécial près la Cour de répression des infractions économiques et financières (CRIEF) a annoncé l’ouverture d’une enquête préliminaire visant le fichier unique de gestion administrative et de la solde (FUGAS), pilier du système de rémunération des agents publics. En ligne de mire : des soupçons de fraudes à grande échelle au sein de l’administration.
L’enquête, ouverte contre X, porte sur des faits présumés de corruption, d’enrichissement illicite, de faux et usage de faux en écritures publiques, de prise illégale d’intérêt, de concussion, de blanchiment de capitaux et de complicité. Des qualifications lourdes, qui traduisent l’ampleur des irrégularités suspectées.
Une machine judiciaire enclenchée
Pour conduire les investigations, une unité mixte d’officiers de police judiciaire a été mise en place, associant gendarmerie et police. Sont mobilisés la Direction centrale des investigations judiciaires de la gendarmerie nationale (DCIJ-GN), l’Office de répression des délits économiques et financiers (ORDEF), l’Agence nationale de lutte contre la corruption et de promotion de la bonne gouvernance (ANLC-PBG) et la Direction centrale de la police judiciaire (DCPJ).
Le parquet affirme vouloir encadrer ces investigations dans le respect des règles de procédure, notamment la présomption d’innocence et le secret de l’enquête. Mais sur le terrain, l’opération s’annonce sensible, tant les pratiques visées touchent au cœur de la gestion publique.
Agents fictifs, doublons, salaires indus : un système sous pression
Au-delà de l’annonce, le contenu de la mission confiée aux enquêteurs donne une indication claire des dérives suspectées. Il s’agira notamment de vérifier l’authenticité des diplômes, d’identifier physiquement les agents effectivement en poste, et de croiser les données administratives avec les paiements effectués.
Dans le viseur également : des agents radiés qui continueraient à percevoir des salaires, des personnes décédées toujours inscrites dans le fichier, ou encore des fonctionnaires absents du territoire national mais maintenus sur les listes de paie, parfois avec l’appui présumé de circuits internes.
Autant d’indices qui laissent entrevoir l’existence possible de « agents fantômes » et de mécanismes de captation de fonds publics.
Des pratiques coûteuses pour l’État
Le parquet spécial souligne que ces irrégularités « contribuent négativement à l’utilisation rationnelle des ressources financières » et créent des charges indues pour l’État. En toile de fond, c’est la question de la crédibilité du fichier des agents publics qui se pose, dans un contexte où la maîtrise de la masse salariale reste un enjeu central.
Les infractions visées sont prévues et punies par plusieurs textes, notamment le code pénal, la loi sur la lutte contre le blanchiment de capitaux et celle relative à la corruption.
Vers des interpellations
Les officiers de police judiciaire ont été instruits d’identifier sans délai les auteurs, coauteurs et complices, avec la possibilité de procéder à des interpellations et à des déferrements devant le parquet spécial.
Le parquet invite par ailleurs les citoyens à s’en tenir à ses canaux officiels pour suivre l’évolution du dossier, signe d’un dossier sensible où la communication sera étroitement contrôlée.
Derrière cette enquête, une question demeure : s’agit-il d’un simple exercice d’assainissement administratif ou de la mise au jour d’un système structuré de détournement au sein de la fonction publique ? Les prochaines étapes de la procédure devraient apporter des éléments de réponse.
Laguinee.info





