L’accord amiable conclu récemment entre la Guinée, Guinea Alumina Corporation et Emirates Global Aluminium marque la fin d’un bras de fer qui a débuté à l’automne 2024. Entre accusations de promesses non tenues, arbitrages internationaux et accusations d’expropriation, cette affaire illustre les tensions entre souveraineté minière et attractivité des investissements étrangers.
Tout commence par une promesse non tenue. Vieille de vingt ans. Pour comprendre comment la Guinée en est arrivée à conclure un accord amiable avec GAC et EGA, il faut remonter aux fondements mêmes de la convention qui liait ces parties. En octobre 2024, l’État avait suspendu les activités de GAC. Le président Mamadi Doumbouya avait alors justifié la décision par le non-respect des engagements sur la transformation locale du minerai.
La raffinerie fantôme : vingt ans de promesses
Au cœur du litige, un engagement jamais honoré. Selon le gouvernement guinéen, GAC, conformément à sa convention de base, devait développer une raffinerie en Guinée. Vingt ans après la signature, aucune raffinerie n’avait été construite.
Face à la suspension, EGA avait tenté de négocier un compromis en proposant un appui budgétaire d’un milliard GNF. Une offre jugée insuffisante par le gouvernement. Plutôt que de construire une raffinerie sur place, le groupe avait préféré poursuivre l’exportation de la matière brute, justifiant ce choix par de « nombreux défis économiques, techniques et environnementaux ».
Pendant ce temps, la société chinoise State Power Investment Corporation lançait en mars 2025 la construction d’une raffinerie d’alumine à Boffa, démontrant que le projet était réalisable pour d’autres opérateurs.
L’escalade : du retrait de concession à l’« expropriation »
La tension monte d’un cran en mai 2025. Le 9 mai 2025, la Guinée amorce une vaste opération de retrait de titres miniers à travers deux décrets présidentiels et un arrêté du ministre des Mines.
Puis, le 4 août 2025, l’État guinéen retire officiellement le titre minier de GAC et le transfère immédiatement à une nouvelle société, Nimba Mining Company S.A., présentée comme une entité étatique.
La réaction d’EGA est immédiate et virulente. La maison mère basée aux Émirats arabes unis qualifie la décision d’« expropriation de facto » et dénonce une « violation flagrante des droits contractuels et légaux de GAC ». EGA affirme que la mesure met en péril plus de 3 000 emplois locaux et remet en question le respect de l’État de droit par la République de Guinée, rappelant que GAC avait contribué à hauteur de 244 millions de dollars dans l’économie guinéenne rien qu’en 2024,selon Jeune Afrique.
Des procédures d’arbitrage international engagées
L’affaire sort du cadre bilatéral. GAC et EGA engagent des procédures d’arbitrage international contre l’État guinéen, contestant la légalité des retraits de leurs titres et réclamant des réparations financières.
Un contentieux qui menaçait d’avoir, selon les observateurs, des implications diplomatiques et économiques majeures pour la Guinée.
Cette série de retraits de permis commence également à susciter des inquiétudes sur l’attractivité du secteur minier guinéen. L’Institut Fraser avait déjà rétrogradé la Guinée de 18 places dans son enquête annuelle 2024, classant le pays parmi les dix juridictions minières les moins attractives.
L’accord amiable : une issue pragmatique
C’est dans ce contexte tendu, marqué par des arbitrages en cours et une réputation d’investissement fragilisée, que les parties ont finalement choisi la voie de la négociation. L’accord conclu sous la médiation du Bâtonnier de l’Ordre des avocats de Paris prévoit le versement d’un montant forfaitaire à GAC en contrepartie du transfert de ses actifs à Nimba Mining Company, et la reconduction des accords d’approvisionnement en bauxite entre CBG et EGA.
Pour la Guinée, cet accord permet de refermer un dossier contentieux coûteux tout en conservant le contrôle du gisement de Sangarédi via Nimba Mining Company. Pour EGA, il offre une compensation financière et la sécurisation de son approvisionnement en bauxite guinéenne via CBG, dont les livraisons avaient été interrompues par le conflit.
Du bras de fer à la table des négociations, l’affaire GAC aura duré dix-huit mois. Elle illustre, dans toute sa complexité, les tensions qui traversent le secteur minier africain entre la volonté des États de transformer leurs ressources sur place et les réalités commerciales des groupes internationaux, une équation que la Guinée, avec Simandou 2040 en ligne de mire, n’a pas fini de résoudre.
Laguinee.info





