Le rapport du Conseil National de la Transition de mars 2026 pointe l’inefficacité des Centres de Gestion Agréés, des structures créées depuis 2017 pour aider les entreprises informelles à intégrer le secteur formel. Neuf ans après leur institution, ces centres ne fonctionnent toujours pas correctement, privant l’État de recettes fiscales et les entreprises concernées d’un accompagnement adapté.
La structure existe sur le papier. Dans les faits, elle peine à exister.
Le rapport N°009 de la Commission du Plan, des Affaires Financières et du Contrôle Budgétaire, présenté en mars 2026 par le Rapporteur Général Honorable N’Gouamou Fabara Koné, consacre un point spécifique aux Centres de Gestion Agréés et dresse un constat préoccupant sur leur opérationnalisation.
Qu’est-ce qu’un Centre de Gestion Agréé ?
Pour comprendre l’enjeu, il faut d’abord savoir ce qu’est un Centre de Gestion Agréé. En Guinée, comme dans beaucoup de pays de la sous-région, une grande partie des entreprises travaille dans l’informel. Elles n’ont pas de comptabilité officielle, ne déclarent pas leurs revenus, ne paient pas d’impôts. Ce n’est pas forcément de la mauvaise volonté, souvent, ces entreprises n’ont ni les outils ni les connaissances pour franchir le pas vers le secteur formel.
Les Centres de Gestion Agréés ont précisément été créés pour les accompagner dans cette transition. Institués par le Décret D/2017/038/PRG/SGG du 17 février 2017, ils sont censés offrir aux petites et moyennes entreprises un appui en matière de gestion, de comptabilité et d’accès au crédit, tout en facilitant leur intégration progressive dans le circuit fiscal officiel.
Le rapport du CNT résume ainsi la problématique :
« En Guinée, à l’instar de nombreux pays de la sous-région, une part significative des entreprises opère dans le secteur informel. Cette situation compromet la fiabilité des statistiques économiques, notamment pour l’évaluation de l’indice de croissance économique réel. Elle entraîne également des défis majeurs tels que la perte de recettes fiscales et des difficultés pour les entreprises concernées en matière de gestion et d’accès au crédit. »
Une structure qui n’a jamais vraiment décollé
Le problème est simple : malgré leur création il y a près de neuf ans, ces centres ne fonctionnent pas comme prévu. Le rapport est direct :
« Malgré le rôle stratégique dévolu à ces structures, il apparaît que le gouvernement n’a pas encore mis en place un mécanisme efficace pour leur accompagnement et leur opérationnalisation. »
Pas de dotation budgétaire suffisante. Pas d’implantation dans les régions de l’intérieur du pays. Pas de mesures incitatives pour encourager les commerçants, artisans et petits entrepreneurs à y adhérer. Les centres existent en théorie. Sur le terrain, leur impact reste marginal.
Un manque à gagner difficile à chiffrer, mais réel
Le rapport ne quantifie pas précisément le montant des recettes fiscales perdues du fait de l’inopérabilité de ces centres. Mais il établit clairement le lien entre secteur informel non encadré et pertes budgétaires pour l’État. Dans un pays où la pression fiscale peine à atteindre 13% du PIB, loin de l’objectif de 14% fixé par le gouvernement lui-même, chaque entreprise qui reste hors du circuit formel représente un manque à gagner pour le Trésor public.
À titre de comparaison, le rapport rappelle que sur les recettes administratives examinées, 25% sont perçues sans aucune base légale et 45% sur la base de textes obsolètes. Le secteur informel non fiscalisé s’inscrit dans ce tableau plus large de ressources publiques insuffisamment mobilisées.
Ce que demande le CNT
Face à ce constat, le Conseil National de la Transition formule des recommandations précises à l’adresse de la ministre en charge du Budget :
« Le CNT invite donc la ministre en charge du Budget à mettre en œuvre une politique d’accompagnement des CGA à travers une dotation budgétaire adéquate, à favoriser l’ouverture de ces centres dans les différentes régions de l’intérieur du pays, et à proposer des mesures incitatives pour encourager les acteurs économiques à adhérer à ces structures. »
Le rapport conclut que ces actions « contribueront à renforcer l’intégration des entreprises informelles dans le tissu économique formel, à accroître les recettes fiscales et à soutenir le développement économique inclusif du pays ».
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