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Guinée : le CNT juge risquée la stratégie de financement du déficit budgétaire 2026 

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Le rapport du Conseil National de la Transition de mars 2026 exprime des réserves sur la stratégie retenue par le gouvernement pour financer le déficit budgétaire 2026, estimé à 8 323 milliards de francs guinéens. Le CNT pointe en particulier le recours massif aux titres d’État à long terme dans un contexte de rareté des financements, au risque d’asphyxier le crédit bancaire au secteur privé.

Le budget 2026 a été adopté. Mais la question de son financement reste entière.

Le rapport N°009 de la Commission du Plan, des Affaires Financières et du Contrôle Budgétaire du CNT, présenté en mars 2026 par le Rapporteur Général Honorable N’Gouamou Fabara Koné, consacre un chapitre spécifique à la sincérité budgétaire et au mécanisme retenu par le gouvernement pour couvrir le déficit de l’État. Les observations formulées sont précises et les réserves exprimées, sérieuses.

Comprendre le déficit et comment l’État compte le financer

Pour le citoyen ordinaire, voici comment fonctionne le mécanisme. Chaque année, l’État dépense plus qu’il ne perçoit en recettes. La différence, c’est le déficit budgétaire. Pour 2026, ce déficit est estimé à 8 323 milliards de francs guinéens, soit 2,07% du PIB, en dessous du seuil de 3% fixé comme objectif stratégique par le gouvernement lui-même.

Pour couvrir ce déficit, l’État doit trouver des financements. La Direction nationale de la dette a prévu trois instruments principaux. Un emprunt obligataire de 2 700 milliards de francs guinéens. Des obligations du Trésor à hauteur de 5 347 milliards. Et des émissions de titres d’État, dits « titres contre infrastructures », pour 2 000 milliards supplémentaires.

C’est précisément sur ce dernier point que le CNT formule ses réserves les plus sérieuses.

Les titres contre infrastructures : un risque de 24% du déficit

Les titres contre infrastructures sont un mécanisme par lequel l’État rémunère des travaux ou des services non pas en argent liquide, mais en titres financiers, des créances sur l’État que leurs détenteurs peuvent ensuite revendre ou utiliser comme garantie. Ces titres représentent dans le budget 2026 pas moins de 24% du déficit total.

Le CNT attire l’attention de la ministre de l’Économie, des Finances et du Budget sur les risques associés à ce mécanisme :

« Le CNT, dans le souci de garantir la sincérité budgétaire, recommande un strict encadrement de l’émission de ces titres d’État. »

Cette recommandation d’encadrement strict signale une inquiétude réelle : sans contrôle rigoureux, ces émissions peuvent se multiplier au-delà des besoins réels, creusant davantage l’endettement intérieur de l’État.

Le risque d’asphyxie du crédit privé

Au-delà des titres contre infrastructures, c’est la stratégie globale de financement par instruments à long terme qui préoccupe le CNT. Le rapport l’explique clairement :

« Conscient des difficultés actuelles liées à la levée de créances à long terme et à la rareté des financements sur les marchés, le CNT invite le Gouvernement à revoir sa stratégie de financement en priorisant les actifs à court terme au profit des actifs à long terme. Cela permettra aux banques primaires, dans un contexte de rareté des ressources de financement, d’accorder plus de crédits au secteur privé que l’État. »

En termes simples : lorsque l’État emprunte massivement sur les marchés financiers locaux à travers des instruments à long terme, il mobilise une grande partie des liquidités disponibles dans le système bancaire guinéen. Les banques, dont les ressources sont limitées, se retrouvent alors avec moins de capacité pour accorder des crédits aux entreprises et aux particuliers. C’est ce que les économistes appellent l’effet d’éviction, l’État évince le secteur privé du crédit bancaire.

Dans un contexte où les ressources de financement sont déjà rares en Guinée, cet effet peut peser lourdement sur l’activité économique privée, freinant l’investissement, la création d’emplois et la croissance.

Un appel à plus de prudence et de réalisme

Le CNT ne se limite pas à des observations techniques. Il adresse un message politique clair au gouvernement sur la qualité de ses prévisions budgétaires :

« Le CNT remercie le Gouvernement pour sa disponibilité et sa constante collaboration et l’invite à davantage de prudence et de réalisme dans l’élaboration de ses prévisions budgétaires. »

Cette invitation à « plus de prudence et de réalisme » traduit une préoccupation de fond : des prévisions trop optimistes sur les recettes ou trop légères sur les modalités de financement du déficit peuvent conduire à des déséquilibres budgétaires plus importants que prévu en cours d’exercice.

Un déficit en baisse, mais des fragilités structurelles

Il convient de noter que le déficit 2026, à 2,07% du PIB, marque une amélioration notable par rapport aux -3,08% enregistrés en 2025. Le gouvernement a donc réalisé un effort réel de consolidation budgétaire. Mais le CNT rappelle que la soutenabilité de cet effort dépend directement de la qualité de la stratégie de financement retenue.

Une stratégie qui, si elle n’est pas révisée dans le sens recommandé par l’institution, pourrait fragiliser à la fois les finances publiques et le financement de l’économie privée guinéenne, deux piliers indispensables à la réalisation des objectifs du Programme Simandou 2040.

 

Laguinee.info

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