Le rapport du Conseil National de la Transition de mars 2026 révèle que sur 6,31 milliards de dollars de recettes d’exportation de bauxite enregistrées au 31 octobre 2025, seulement 1,35 milliard a été effectivement rapatrié en Guinée, soit moins de 43% du montant attendu. Deux sociétés affichent un taux de rapatriement de zéro pour cent. Le CNT demande des mesures immédiates, y compris la mise sur liste noire des sociétés récalcitrantes.
La loi est claire. Son application, beaucoup moins.
Les articles 184 et 185 du Code minier guinéen imposent aux sociétés minières de rapatrier en Guinée 50% des recettes issues de leurs exportations. L’objectif est simple : que l’argent généré par l’exploitation des ressources naturelles guinéennes revienne, au moins partiellement, alimenter l’économie nationale et les réserves de change de la Banque Centrale.
Le rapport N°009 de la Commission du Plan, des Affaires Financières et du Contrôle Budgétaire du CNT, présenté en mars 2026 par le Rapporteur Général Honorable N’Gouamou Fabara Koné, documente l’écart entre cette obligation légale et la réalité du terrain.
Les chiffres bruts
Au 31 octobre 2025, les données consolidées de la Banque Centrale de la République de Guinée sont sans équivoque. Sur une valeur totale d’exportations de bauxite de 6,31 milliards de dollars, le montant à rapatrier selon la loi s’élève à 3,15 milliards de dollars. Le montant effectivement rapatrié : 1,35 milliard de dollars. Soit 43% seulement du montant dû.
Le rapport précise que ces chiffres ont été actualisés lors des travaux en commissions :
« Ces chiffres ont été actualisés lors des travaux en commissions ; ils sont à 3,69 Mds rapatriés sur 5,56 Mds, soit un manque à gagner de 1,87 Mds USD (33,63%). »
Dans tous les cas de figure, le constat est identique : une part substantielle des recettes d’exportation minières reste à l’étranger, en violation de la loi.
Société par société : des écarts considérables
Le rapport du CNT détaille la situation société par société. Les disparités sont frappantes.
Certaines sociétés respectent leurs obligations. SPIC affiche un taux de rapatriement de 100%. STE CHALCO atteint 85%. Zhicheng Guinée Mining 82%. AMCG 79%.
D’autres, en revanche, présentent des taux alarmants. La Société Minière de Boké, qui représente à elle seule la plus grande partie des exportations avec 4,29 milliards de dollars de valeur expédiée, n’a rapatrié que 34% du montant dû, laissant un reliquat de 1,43 milliard de dollars à l’étranger. CBA Dian Dian et COBAD affichent chacune un taux de 36%.
Deux sociétés présentent un taux de rapatriement de zéro. Elite Mining Guinea et AGB2A-SD Mining SA n’ont rapatrié aucun franc guinéen sur leurs recettes d’exportation. Le rapport le note explicitement :
« Certaines sociétés, comme SPIC (100%), STE CHALCO (85%), ZHICHENG Guinée Mining (82%), affichent des taux satisfaisants, tandis que d’autres comme SMB (34%), CBA DIAN DIAN (36%), COBAD (36%), Elite Mining Guinea (0%) et AGB2A-SD Mining SA (0%) présentent des écarts significatifs entre les montants attendus et ceux effectivement rapatriés. »
Pourquoi ce rapatriement est vital pour la Guinée?
Le rapport du CNT rappelle l’enjeu macroéconomique de cette question pour un pays comme la Guinée, qui ne fait pas partie d’une union monétaire :
« Pour un pays hors union monétaire comme le nôtre, le rapatriement effectif de ces recettes est essentiel pour renforcer les réserves de change de la Banque Centrale, stabiliser la monnaie nationale et soutenir une politique économique saine, notamment en assurant des réserves suffisantes pour les importations stratégiques. »
En termes concrets, moins de devises rapatriées signifie une Banque Centrale moins bien dotée en réserves, un franc guinéen plus vulnérable, et une capacité réduite de l’État à financer les importations essentielles, médicaments, carburant, denrées alimentaires.
Le CNT réclame des mesures immédiates
Face à cette situation qu’il qualifie d’« inadmissible », le CNT formule des demandes précises. Il invite le Premier ministre, en concertation avec le ministre des Mines et le gouverneur de la Banque Centrale, à faire l’état des lieux et à prendre des mesures pour le strict respect de cette obligation.
Plus concrètement, le rapport préconise une réunion urgente regroupant la ministre des Finances, le gouverneur de la Banque Centrale, le ministre des Mines et le président de l’Association Professionnelle des Banques. L’objectif affiché : aboutir à des conclusions permettant de blacklister les sociétés qui refuseraient d’observer le principe du rapatriement.
Le rapport demande également la révision de toutes les conventions minières qui contiendraient des clauses exemptant certaines entreprises de cette obligation légale :« Toutes les conventions minières exemptant certaines entreprises de cette règle doivent être revues, révisées et harmonisées, conformément à la législation en vigueur. »
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