Sans surprise, le président a promulgué le texte voté en mars. Désormais, les relations homosexuelles peuvent valoir dix ans de prison. Une loi taillée pour punir, dissuader, et museler.
Un coup de tampon, et la répression s’alourdit. Lundi, Bassirou Diomaye Faye a fait sienne une législation qui double les peines maximales pour homosexualité. Mardi, elle était publiée au Journal officiel. Le message est clair : l’État serre la vis.
Fini le temps où une peine “d’un à cinq ans” pouvait passer pour une clémence relative. La nouvelle échelle va de cinq à dix ans de prison ferme pour les actes dits “contre nature”. Un bond punitif que l’Assemblée nationale avait adopté le 11 mars dans un élan quasi unanime.
Mais le texte ne se contente pas d’allonger les séjours en cellule. Il invente une nouvelle infraction : trois à sept ans de prison pour quiconque oserait “promouvoir, encourager ou financer” des relations homosexuelles. Traduisez : toute voix qui s’élève, toute main qui tend une aide, peut désormais se retrouver devant les juges.
Les Nations unies n’avaient pas attendu la promulgation pour condamner ce virage. Volker Türk, haut-commissaire aux droits de l’homme, avait dénoncé en mars une loi qui “bafoue” les droits humains. Ses mots n’ont visiblement pas pesé lourd face à la machine législative.
L’arsenal répressif se déploie avec une logique implacable. Dix ans de prison si un mineur est impliqué. Des amendes qui s’envolent : jusqu’à 10 millions de francs CFA (15 244 euros), contre un maximum de 1,5 million auparavant. Une inflation punitive qui transforme une condamnation en ruine.
Seule concession, presque ironique : la loi prévoit aussi de punir la “dénonciation abusive faite de mauvaise foi”. Un garde-fou qui ressemble à une illusion, dans un pays où les arrestations pour homosexualité se multiplient.
Car ce durcissement législatif ne tombe pas dans un vide judiciaire. Depuis début février, douze hommes dont deux célébrités locales, ont été arrêtés dans une vague d’interpellations largement relayée par la presse. L’onde de choc est là. La loi arrive après, comme un coup de massue qui valide a posteriori une chasse déjà ouverte.
Le président a promulgué. La machine répressive est désormais calibrée au maximum. Dans les mois qui viennent, les tribunaux diront si ce texte était une promesse de campagne ou un mode d’emploi.
Laguinee.info.







