spot_img
spot_img
spot_imgspot_imgspot_imgspot_img
spot_img

Agréments bloqués, pharmacies cadenassées : la colère des jeunes pharmaciens éclate à Conakry

spot_imgspot_imgspot_img

À LIRE AUSSI

Ce samedi 28 mars 2026, des jeunes pharmaciens diplômés ont pris une décision radicale : fermer de force plusieurs pharmacies appartenant aux responsables de leurs instances professionnelles. Un coup de pression inédit, né de plusieurs années d’attente pour obtenir des agréments qui ne viennent pas.

Les cadenas ont parlé là où les courriers sont restés sans réponse. Ce matin, dans plusieurs artères de Conakry, une scène inhabituelle s’est jouée devant les devantures de quelques-unes des pharmacies les plus connues de la capitale. Des jeunes en blouse blanche, accompagnés de caméras et de micros, ont posé des cadenas sur les portes — non pas pour fermer leur propre établissement, mais pour envoyer un message à leurs supérieurs hiérarchiques.

Un geste symbolique, soigneusement ciblé

Le choix des cibles n’avait rien d’aléatoire. La Pharmacie Dounia, appartenant au président du syndicat des pharmaciens, a été cadenassée. Ensuite, la pharmacie du président de la section des officines. Enfin, celle du président du Conseil national des pharmaciens. Trois serrures. Trois noms. Un seul message.

Devant la Pharmacie Dounia, la foule s’est rapidement massée. Des dizaines de personnes,clients, curieux, journalistes, observaient la scène, tandis qu’un agent posait méthodiquement le cadenas sous l’œil d’un responsable, les bras croisés, le regard grave. Plus loin, devant la Pharmacie Dansaya et la Pharmacie Transversale, le même scénario se répétait, entouré d’une délégation de pharmaciens en blouse, pugnaces, le poing levé pour certains.

Des années de silence administratif

Derrière cette action, il y a des histoires qui durent. Deux ans pour certains. Cinq ans pour d’autres. Dix ans pour quelques-uns. Autant d’années à attendre un agrément qui ne sort pas des tiroirs de l’administration.

« Ce que nous faisons aujourd’hui n’est pas une rébellion, ni une manifestation. C’est juste attirer l’attention de nos différents responsables par rapport à une situation qu’ils connaissent très très bien », a expliqué Dr Seydouba Chérif Camara, pharmacien et membre du collectif, au micro de Laguinee.info. Il a tenu à le préciser avec fermeté : les membres de ce collectif sont des professionnels diplômés, reconnus par l’Ordre national des pharmaciens. « Non des vendeurs de médicaments. »

Le problème est pourtant balisé par les textes. Selon le manuel de procédure du ministère de la Santé, la direction dispose de six mois pour traiter toute demande d’agrément, qu’elle soit favorable ou non. Un délai que l’administration dépasse allègrement, sans explication, sans réponse. Pendant ce temps, des pharmaciens diplômés restent à quai, leurs investissements immobilisés, leur avenir professionnel suspendu.

Emplois détruits, dettes accumulées

La situation a des conséquences concrètes et douloureuses. Le gouvernement guinéen ayant procédé à la fermeture de plusieurs pharmacies non agréées, nombre de ces jeunes professionnels se retrouvent sans activité, sans revenus, avec des dettes qui s’accumulent.

« C’est les emplois qui sont détruits, c’est les investissements qui tombent à l’eau, et pire, ça renforce encore le chômage dans notre pays », a martelé Dr Camara, la voix tendue, lors d’une interview à l’intérieur de l’une des officines visitées, entouré de confrères attentifs, dans une atmosphère lourde de frustration contenue.

Quatre années de démarches. Des rendez-vous avec les autorités de la direction, avec l’Ordre, avec d’anciens ministres de la Santé. « Malheureusement ça n’aboutit pas », a-t-il résumé. D’où la décision de « taper du poing sur la table ».

Le syndicat solidaire, pas opposant

Fait notable : le premier établissement cadenassé était celui de Dr Thierno Oumar Barry, président du Syndicat national des pharmaciens de Guinée (SYNAPHAG). Pourtant, loin de condamner le geste, ce dernier a choisi la solidarité.

« On a un devoir de solidarité vis-à-vis de nos confrères. Ce sont des jeunes qui ont introduit des documents administratifs à l’effet d’obtenir des agréments pour servir la population. Très malheureusement, ces documents ne sont jamais sortis de l’administration », a-t-il déclaré. Avant d’ajouter : « Beaucoup sont en détresse, certains sont endettés. C’est un devoir moral pour nous en tant que syndicat d’être solidaires. »

La suite : un sit-in lundi devant le ministère

Le collectif ne compte pas s’arrêter là. Un sit-in est prévu lundi 30 mars 2026 devant le ministère de la Santé. Une nouvelle étape dans un bras de fer qui, jusqu’ici, s’est toujours conclu par le silence des autorités.

Des cadenas sur des portes de pharmacies, des blouses blanches dans la rue, des diplômes qui ne servent à rien : le tableau est saisissant. Lundi, ces pharmaciens seront devant le ministère. La question est simple : quelqu’un, cette fois, daignera-t-il ouvrir la porte ?

 

 Ismaël Sam, pour Laguinee.info 

- Advertisement -
spot_img
spot_img
spot_img

ECHO DE NOS RÉGIONS