Après les tensions de mars sur le fleuve Makona et à Koudaya, la Guinée a décidé que les bonnes intentions ne suffisaient plus. La Commission nationale des frontières a tenu une session extraordinaire ce mercredi. Message aux voisins : pas un centimètre ne bougera.
Il aura fallu des incidents frontaliers et un sommet d’urgence des chefs d’État pour que la machine se mette enfin en marche. Ce mercredi, la Commission nationale des frontières de Guinée (CNFG) s’est réunie en session extraordinaire au ministère de l’Administration du territoire et de la Décentralisation. Traduction en langage diplomatique : les palabres politiques du 16 mars doivent maintenant produire quelque chose de concret.
Le réveil forcé du 16 mars
Koudaya. Le fleuve Makona. Ces deux noms, peu connus du grand public, ont suffi à convoquer en urgence les chefs d’État de la sous-région. Les tensions dans ces zones frontalières ont mis en lumière une réalité que personne ne souhaitait voir en face : 3 399 kilomètres de frontières partagées avec six pays voisins, et des conventions bilatérales vieilles d’un siècle pour les gérer.
La session extraordinaire de la CNFG est censée corriger le tir. Objectif affiché : traduire les volontés politiques de paix en actes techniques. Autrement dit, faire ce qui aurait peut-être dû être fait avant que la situation ne s’embrase.
«Aucun centimètre» — et le ministre ne plaisante pas
En ouvrant les travaux, le ministre de l’Administration du territoire, le général à la retraite Ibrahima Kalil Condé, a commencé par un détour par l’histoire. Un hommage appuyé aux pères de l’indépendance, qui ont su, dès 1963, bâtir une architecture commune au sein de l’OUA. « Je profite de la même opportunité d’adresser mes remerciements à nos pères de l’indépendance, qui ont bien voulu, en 1963, se retrouver dans une organisation sous-régionale qu’on a appelée l’OUA. L’objectif de cette rencontre était de partager des initiatives entre eux, en privilégiant le principe de l’intangibilité et le principe de l’inviolabilité des frontières issues de la colonisation », a-t-il déclaré.
Puis le ton a changé. Place à la mise en garde. Nette. Sans fioritures. « Nous avons une superficie de 245 857 km². Il faut retenir que cet espace ne sera pas hypothéqué. Aucun centimètre ne sera soustrait de ces 245 857 kilomètres », a martelé le ministre. Deux fois le même chiffre. Une façon de dire que ce n’est pas une formule de circonstance.
Des textes de 1907 pour régler des crises de 2025
Là où les choses deviennent plus délicates, c’est sur le terrain technique. Les experts de la CNFG s’appuient sur des conventions dont certaines ont été signées il y a plus d’un siècle. Pour la Sierra Leone, 652 kilomètres de frontière, on ressort le protocole du 1er juillet 1912. Pour le Libéria, 563 kilomètres, c’est la convention de 1907 qui fait foi.
Et cette dernière réserve une particularité notable. Sur le fleuve Makona, la frontière ne passe pas au milieu des eaux, comme le voudrait l’usage courant. Elle longe la rive libérienne. « Autrement dit, la limite entre les deux pays ne passe pas au milieu du fleuve, mais sur la berge du Libéria », précise sans ambages le document technique de la CNFG. Une clause vieille de cent dix-huit ans, au cœur d’une crise bien contemporaine.
Trois mois, un chronogramme, et beaucoup à prouver
La mission se donne trois mois. Trois mois pour informer les membres de la commission, dresser un état des lieux des plans bilatéraux en cours et produire un chronogramme d’activités. Le tout encadré par le Programme frontière de l’Union africaine, dont la vocation est de transformer ces zones de friction en espaces de développement et de coexistence pacifique.
L’ambition est noble. Les outils, anciens. Et les tensions, elles, sont bien réelles. La Guinée a montré qu’elle pouvait réagir vite quand les frontières brûlent. Il lui reste maintenant à démontrer qu’elle peut agir durablement avant que ça ne recommence.
Laguinee.info







