Plus d’un an après le décès de Mamady Mansaré, patriarche historique de la cité des Trois Foyers traditionnels, la succession reste un sujet sensible. La ville, longtemps plongée dans une impasse institutionnelle et coutumière, voit renaître des tensions malgré l’installation officielle du nouveau patriarche.
Dans un message publié sur son compte Facebook, Joachim Baba Millimouno, politologue et expert en gouvernance, a alerté les autorités et la population sur les risques que représente toute contestation de la désignation récente. « Pendant plus de deux années, le patriarcat de Kissidougou fut suspendu, le préau fermé et la logistique mise à disposition par l’État immobilisée, afin de préserver la quiétude sociale face aux malentendus liés à la succession », rappelle-t-il.
Le 9 février 2026, conformément au pacte historique de 1825 liant les grandes lignées de la région: Kissi Souleymane, Koumbafing Mory Mara et Mory Souleymane Savané, le doyen Dramane Keïta, arrière-petit-fils de Kissikaba Keïta, a été intronisé. La cérémonie, sobre et protocolaire, a réuni les notabilités des sept préfectures de la région forestière et a été validée par le collège des patriarches locaux.
Pour Joachim Baba Millimouno, cette désignation consensuelle constitue un acquis important pour la paix sociale. « À peine quelques jours après cette délivrance, une minorité tente de remettre en cause cette désignation consensuelle et unanime. Une telle contestation illégitime, si elle n’est pas contenue, menace de raviver des tensions sociales et communautaires, compromettant l’ordre public et la paix dans la ville hospitalière de Kissidougou », avertit-il.
L’Agence guinéenne de Presse rappelait récemment que le processus de succession avait été complexe. Après des mois de concertations menées par les autorités régionales, préfectorales et coutumières, deux candidats ont émergé : Samba Keita, père restant, et Droumane Keita. Chacun bénéficie de soutiens locaux profondément enracinés et incarne une vision distincte de la chefferie traditionnelle. La coexistence de deux camps revendiquant légitimité et reconnaissance crée une situation inédite et préoccupante.
Des habitants consultés par l’AGP soulignent l’importance de la cohésion sociale : « Ce n’est pas seulement une question de titre, c’est la cohésion de notre cité qui est en jeu », confie Faya Kamano, citoyen actif de Kissidougou. « Depuis des générations, le patriarche est le garant de l’harmonie, le médiateur des conflits, le gardien des valeurs. Avoir deux figures concurrentes risque de diviser les familles, les quartiers, voire les générations. »
Tamba Leno, autre habitant, ajoute : « Nous ne demandons pas l’impossible ; juste un processus transparent, respectueux des coutumes et accepté par tous. Ce qui se passe aujourd’hui ressemble davantage à un partage politique qu’à une désignation traditionnelle ».
Face à cette situation, Joachim Baba Millimouno appelle les autorités administratives, coutumières et religieuses, ainsi que les citoyens, à préserver la légitimité du patriarcat restauré. « La paix et l’unité sont des biens précieux, hérités de nos ancêtres, que nul ne doit mettre en péril. Veillons au respect du pacte de Marah, garant de la cohésion intercommunautaire, et prévenons toute tentative de division susceptible de compromettre la quiétude sociale », conclut-il.
À Kissidougou, où tradition et modernité se côtoient au quotidien, le choix du patriarche ne relève pas seulement de l’héritage : il constitue un véritable test de maturité collective pour la population et les autorités. L’enjeu dépasse le protocole et la symbolique : il s’agit de préserver l’harmonie sociale et la stabilité d’une communauté profondément attachée à ses valeurs.
Laguinee.info







