À une journée du 14 février, le marché du Km 36, à Conakry, vibre au rythme des préparatifs pour la fête des amoureux. Les étals, encore partiellement détruits après le déguerpissement de la semaine dernière, sont improvisés : robes rouges, bouquets de fleurs, sacs, montres et petits accessoires décorés de cœurs attendent les clients. Mais l’expression de l’amour ne se limite plus aux allées du marché.

Sur les réseaux sociaux, les e-commerçants inondent leurs pages de propositions de cadeaux : montres, parfums, accessoires, fleurs et bouquets de chocolat. Instagram, Facebook et WhatsApp deviennent des vitrines numériques où chacun peut commander à l’avance et programmer une livraison pour surprendre son partenaire. La Saint-Valentin, importée des pays occidentaux, s’adapte ainsi aux modes de vie urbains et connectés.

Abdoulaye Soumah, vendeur de fleurs au Km 36, remarque cette évolution :
« Avant, tout passait par le marché physique. Aujourd’hui, beaucoup utilisent les réseaux sociaux. Les jeunes veulent faire plaisir à leurs amours, mais ils cherchent aussi la commodité. Même si le marché est réduit, ça reste un moment important pour vendre et montrer que cette fête compte pour nos clients. »

Fatoumata Keïta, vendeuse d’accessoires, confirme :
« Certains clients commandent en ligne mais viennent aussi choisir ici en dernière minute. Ils veulent combiner les achats physiques et numériques. La Saint-Valentin devient une fête hybride : locale mais influencée par la technologie. »

Pour les clients, la fête est devenue un rituel à la fois traditionnel et moderne. Mabinty Camara, venue acheter un sac et une rose pour son compagnon, explique :
« J’ai vu beaucoup de choses sur les réseaux sociaux. Ça m’a donné des idées. Même si ce n’est pas une fête guinéenne, on peut la vivre à notre manière, avec ce qu’on trouve ici ou en ligne. »
Ainsi, le Km 36 reste un lieu emblématique où la culture urbaine et les pratiques numériques se croisent. Les commerçants, malgré la destruction des étals, participent à l’appropriation de cette fête étrangère : en vendant fleurs, robes, cadeaux et en utilisant les réseaux sociaux, ils contribuent à transformer la Saint-Valentin en un événement à la fois local et moderne.

À 24 heures de la Saint-Valentin, Conakry célèbre donc l’amour de manière hybride : dans les allées du marché et sur les écrans des téléphones, la fête importée devient une tradition adaptée aux habitudes des habitants, à la fois physique et digitale.
IAC, pour Laguinee.info







