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Transfert de Toumba Diakité à Coyah : le collectif de ses avocats dénonce une mesure « arbitraire » et défie l’administration pénitentiaire

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Le collectif des avocats du Commandant Aboubacar Diakité, dit Toumba, est monté au créneau ce mardi après le transfèrement de leur client de la Maison centrale de Conakry vers la prison civile de Coyah. Dans un communiqué au ton sans concession, les conseils dénoncent une opération menée dans l’opacité, sans base judiciaire préalable, et qu’ils qualifient de « contraire au droit positif guinéen ».

Tout commence le 9 février. Le collectif dit avoir appris, « à travers les réseaux sociaux », l’existence d’une extraction de Toumba vers une destination inconnue. Une information suffisamment grave pour pousser immédiatement les avocats à se rendre à la Maison centrale de Conakry. Sur place, l’un d’eux se voit refuser l’accès à son client, « au motif que des instructions interdisant toute visite auraient été données, même à l’encontre des avocats ».

Face à ce blocage, le collectif se tourne vers le Procureur général près la Cour d’appel de Conakry. Celui-ci, selon le communiqué, affirme avoir lui-même appris la nouvelle « dans les mêmes circonstances », toujours via les réseaux sociaux, avant de donner des instructions permettant l’accès à Toumba. L’entretien a lieu. Le climat est décrit comme « apaisé ». Les avocats repartent alors avec « l’espoir que tout est rentré dans l’ordre ».

Mais cet espoir sera de courte durée

Le matin du 10 février, le collectif apprend à nouveau que Toumba est en train d’être transféré. Contacté une seconde fois, le Procureur général confirme l’information et précise la destination : la prison civile de Coyah. En revanche, sur un point central: l’identité de l’autorité ayant ordonné l’extraction, la réponse est nette : il « ne répond pas à cette question ».

Un silence lourd de conséquences, selon les avocats.

Le communiqué rappelle que le Commandant Aboubacar Diakité a été condamné le 31 juillet 2024 à dix ans d’emprisonnement par le Tribunal de première instance de Dixinn. Il purgeait sa peine à la Maison centrale de Conakry, en exécution d’un mandat de dépôt datant du 14 mars 2017. Bien que la décision soit frappée d’appel, Toumba a déjà purgé, à ce jour, « 8 ans, 10 mois et 27 jours » de détention.

Pour le collectif, le cadre est clair : « le transfèrement de Monsieur Aboubacar Diakité dit Toumba vers tout autre lieu de détention en dehors de la Maison centrale de Conakry est contraire au droit positif guinéen ». En cause, l’absence totale de décision judiciaire préalable. Aucun tribunal, aucune cour, aucune chambre compétente n’aurait été saisie pour statuer sur un incident ou un contentieux justifiant ce changement de lieu de détention.

Les avocats s’appuient sur les articles 1113, 1019 et 1020 du Code de procédure pénale, qui encadrent strictement les incidents liés à l’exécution d’une peine. Selon ces dispositions, seule une juridiction, celle ayant prononcé la sentence ou la Chambre de contrôle de l’instruction territorialement compétente,peut autoriser une telle mesure.

En procédant au transfèrement, estiment-ils, l’Administration pénitentiaire « s’est adjugée un pouvoir qui appartient exclusivement aux juridictions compétentes », violant au passage plusieurs principes fondamentaux : la légalité de la détention, les droits de la défense, le droit à un recours effectif et la loyauté procédurale.

Le collectif rejette toute tentative de banalisation de l’acte. « Un transfèrement ne saurait être un acte purement matériel dès lors qu’il affecte la situation juridique, la défense et les conditions de détention du condamné », insiste le texte. À défaut de décision judiciaire, la mesure est qualifiée sans détour : « arbitraire ».

Au-delà du cas Toumba, les avocats y voient une dérive institutionnelle. Ils dénoncent une pratique qui, selon eux, « fragilise l’autorité de la justice et porte atteinte à la sécurité juridique des justiciables ».

En conséquence, le collectif exige deux mesures immédiates : la cessation du transfèrement jugé attentatoire aux garanties légales et le retour sans délai de Toumba Diakité à la Maison centrale de Conakry, lieu de détention fondé sur un mandat « régulièrement décerné ». À Coyah, affirment-ils, « aucun titre de détention » ne justifierait sa présence.

À ce stade, aucune réaction officielle de l’Administration pénitentiaire n’a été rendue publique pour expliquer les motifs, l’urgence ou la base légale de ce transfèrement. Un silence qui, loin d’apaiser les tensions, alimente les interrogations autour d’un dossier déjà hautement sensible.

Laguinee.info 

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