spot_img
spot_img
spot_imgspot_imgspot_imgspot_img
spot_img

Fusion des ministères de l’éducation : une opportunité pour professionnaliser l’école guinéenne, mais le défi reste immense

spot_imgspot_imgspot_img

À LIRE AUSSI

La récente fusion du Ministère de l’Enseignement Pré-universitaire et de l’Alphabétisation (MEPU-A) avec celui de l’Enseignement Technique et de la Formation Professionnelle (METFP) suscite à la fois espoir et prudence dans le paysage éducatif guinéen. Pour Michel Pépé Balamou, enseignant et secrétaire général du Syndicat national de l’éducation, cette réforme pourrait être un levier de transformation profonde de l’école, à condition qu’elle soit accompagnée de mesures concrètes et d’un leadership fort.

 

Selon l’enseignant, « la refondation de l’école guinéenne exige des réformes structurelles endogènes, axées sur l’environnement des apprentissages, l’adaptation de nos programmes d’enseignement à nos réalités mais aussi et surtout aux aspirations des élèves et aux exigences du monde du travail ».

 

Cette fusion n’est pas une surprise pour les spécialistes. Elle s’inscrit dans la continuité d’anciennes initiatives visant à rapprocher l’éducation des réalités socio-économiques, comme les Collèges d’Enseignement Rural (CER) des années 1960, qui formaient les élèves dès le collège à devenir des agents de développement. « Le contexte des années 60 est certes différent de celui des années 2000, mais il est nécessaire de s’inspirer du passé pour bâtir l’école du présent et du futur », souligne Michel Pépé Balamou.

 

L’objectif central de cette réforme est clair : professionnaliser l’enseignement et valoriser le secteur technique. Concrètement, il s’agit de transformer les centres d’enseignement technique « non plus en écoles de la seconde chance pour élèves en difficulté, mais en véritables filières d’excellence choisies dès le collège ». Des passerelles technologiques seraient créées, avec des lycées techniques et technologiques préparant à des baccalauréats spécialisés (technique, scientifique, professionnel et industriel). Les admis pourraient ensuite poursuivre des cycles d’études supérieures professionnalisantes (Bac+2 ou Bac+3).

 

Cette réforme vise aussi à rompre avec le cycle des échecs qui a longtemps cantonné l’enseignement technique aux élèves ayant échoué au BEPC ou au baccalauréat général. Michel Pépé Balamou insiste sur la nécessité de développer des « écoles professionnelles post-primaires » pour initier les collégiens aux compétences concrètes du monde du travail, aux savoir-faire techniques et à l’esprit d’entreprise, tout en inculquant la citoyenneté et la compréhension du fonctionnement des institutions.

 

Pourtant, certaines questions subsistent. Le MEPU-A, en charge des examens nationaux et de l’organisation des ateliers préparatoires, devra-t-il réussir là où la diversification des filières au lycée a échoué ? Selon Michel Pépé Balamou, « si un département a peiné pendant 15 ans à diversifier les filières du lycée, saura-t-il piloter la création complexe de lycées technologiques et scientifiques ? » Le scepticisme est donc permis, surtout au regard du passé : programmes restés statiques, enseignants non formés, matériel didactique inadapté.

 

Malgré ces inquiétudes, la fusion reste techniquement réalisable. En 2007, un ministère unique pour l’Éducation et la Recherche avait déjà existé. Les chiffres du recensement FUGAS montrent que le secteur éducatif représente 47 % de la fonction publique (42 % pour le MEPU-A, 3 % pour l’Enseignement supérieur et seulement 2 % pour l’enseignement technique). L’intégration de ces 2 % supplémentaires est donc gérable.

 

Pour assurer le succès de cette transition, trois conditions sont essentielles :

 

Un pilotage spécifique : création d’un Secrétariat d’État chargé de l’Enseignement Technique sous la tutelle du nouveau ministère ;

 

Un leadership fort : nomination de cadres compétents ;

 

Des moyens financiers conséquents : allocation suffisante aux structures déconcentrées.

 

 

Enfin, le périmètre de responsabilités a été clarifié : le volet Emploi est désormais rattaché à la Protection sociale, et l’Innovation rejoint le ministère de la Communication. Cette spécialisation permettra au nouveau ministère de se concentrer sur sa mission première : former une jeunesse guinéenne qualifiée et compétente pour relever les défis du XXIᵉ siècle.

 

Cette fusion représente donc une opportunité historique pour la Guinée, mais son succès dépendra largement de la capacité des autorités à traduire la vision en actes concrets sur le terrain.

 

Laguinee.info

- Advertisement -
spot_img
spot_img
spot_img

ECHO DE NOS RÉGIONS