Avant même d’aborder le cœur du procès, la justice guinéenne a choisi de sécuriser les enjeux financiers. Ce lundi 2 février 2026, la Cour de Répression des Infractions Économiques et Financières (CRIEF) a ordonné une série de mesures conservatoires dans l’affaire opposant l’ancien ministre des Postes et Télécommunications, Oyé Guilavogui, à l’État guinéen, marquant une nouvelle étape dans ce dossier à forts enjeux.
Au centre des débats : la gestion des biens et des avoirs attribués à l’ancien ministre, poursuivi pour détournement de deniers publics, enrichissement illicite et blanchiment de capitaux. La partie civile, représentée par l’Agent judiciaire de l’État, a insisté sur la nécessité de préserver ces biens, évoquant notamment l’absence prolongée du prévenu à l’étranger pour des raisons de santé, une situation jugée susceptible de compliquer la conduite de la procédure.
Suivant ces arguments, la Cour a ordonné que l’ensemble des biens meubles et immeubles d’Oyé Guilavogui, y compris ses propriétés situées à Conakry et à Kindia, soient confiés à l’Agence de Gestion et de Recouvrement des Avoirs Saisis et Confisqués (AGRASC). Les comptes bancaires de l’ancien ministre dans les établissements locaux ont également fait l’objet d’une saisie conservatoire.
Cette décision vise à garantir la disponibilité des avoirs en attendant l’issue du procès. L’AGRASC est désormais chargée d’identifier, de gérer et de conserver ces biens, avec l’obligation de produire un rapport détaillé dans un délai maximal de trois semaines. Le ministère public a soutenu l’ensemble de ces réquisitions.
Au-delà des biens personnels de l’ancien ministre, la CRIEF élargit son champ d’investigation. La Cour a exigé de la société Huawei la production de tous les documents liés à la relance de la Société des Télécommunications de Guinée (SOTELGUI), en particulier ceux relatifs à la gestion de la fibre optique backbone. M. Koulibaly, directeur général de SOTELGUI au moment des faits, a été convoqué pour être entendu.
Toutes les mesures ordonnées devront être exécutées au plus tard le 20 février 2026. Le dossier a été renvoyé au 23 février pour la poursuite des débats.
Derrière ces décisions techniques se dessine une orientation claire : sécuriser les actifs avant d’entrer dans le fond d’un dossier estimé à près de 50 millions de dollars, des fonds initialement destinés à la relance et à l’extension de SOTELGUI. Un signal fort dans la lutte contre les infractions économiques, où la bataille judiciaire se joue désormais autant sur le terrain financier que dans les prétoires.
Laguinee.info





