À l’occasion de la Journée mondiale de l’éducation, célébrée le samedi 24 janvier 2026, Michel Pépé Balamou, secrétaire général du Syndicat national de l’éducation (SNE), a livré un discours de fond, mêlant diagnostic global, critique du système éducatif guinéen et propositions de réformes structurelles.
D’entrée, le responsable syndical a planté le décor d’un monde éducatif à deux vitesses. « Nous célébrons cette journée dans un contexte marqué, d’un côté, par l’intelligence artificielle qui redéfinit les frontières du savoir, et de l’autre, par des millions de salles de classe qui restent vides par manque de moyens et d’enseignants », a-t-il déclaré. Il rappelle que, selon les données internationales, « 251 millions d’enfants sont non scolarisés, 763 millions d’adultes manquent de compétences de base », tandis qu’en Afrique subsaharienne, « seulement 40 % des filles achèvent le premier cycle du secondaire ».
Michel Pépé Balamou souligne également les retards numériques persistants : « 35 % des écoles n’ont toujours pas de connexion internet stable en 2026 et seuls 64 % des enseignants du primaire sont formés au numérique, un chiffre en hausse mais insuffisant, selon l’UNESCO ». Pour lui, ces statistiques traduisent un décalage profond entre les ambitions affichées et la réalité du terrain.
S’appuyant sur l’appel de l’UNESCO à « bâtir l’école avec la jeunesse », le secrétaire général du SNE insiste sur un changement de paradigme : « L’élève ne doit plus être un simple spectateur mais un architecte de son avenir ». Mais il avertit aussitôt : « Cette ambition restera un mirage si nous continuons de négliger les piliers du système : les enseignants. » Sa position est sans ambiguïté : « Nous ne pouvons pas innover dans la précarité. L’éducation n’est pas un coût, c’est l’unique engagement qui ne connaît pas la faillite. »
Dans ce cadre, Michel Pépé Balamou formule deux exigences majeures. La première concerne l’investissement humain. « Le financement public doit garantir à chaque jeune un enseignant formé, respecté et dignement rémunéré », plaide-t-il. La seconde touche à la gouvernance des politiques éducatives : « Chaque réforme doit être co-signée par ceux qui apprennent et ceux qui enseignent. » Il estime que les programmes actuels sont « obsolètes » et appelle à « passer d’une logique de diplôme à une logique de compétences de vie », mieux adaptée aux défis numériques et sociaux contemporains.
Le discours prend ensuite un ton plus critique à l’égard de la situation en Guinée. « Aucune réforme ne pourra aboutir sans des investissements structurels dans la profession enseignante », martèle le leader syndical, dénonçant « la commercialisation croissante de l’éducation », qu’il qualifie de dérive dangereuse. Selon lui, cette tendance contribue à « signer l’arrêt de mort de l’école publique, pourtant gratuite, mais abandonnée à son triste sort ».
Il énumère les causes de la perte de confiance envers l’école publique : « la faiblesse de la qualité des enseignements, les effectifs pléthoriques, le manque de professionnalisme de certains encadreurs pédagogiques, l’absence de bibliothèques et de laboratoires, ainsi que le déficit de formation pédagogique de nombreux enseignants ». Ces faiblesses expliquent, selon lui, « les faibles rendements scolaires observés lors des examens nationaux ».
Michel Pépé Balamou critique par ailleurs les choix budgétaires de l’État, notamment « les milliards investis dans le recrutement d’enseignants experts étrangers au niveau de l’enseignement supérieur ». Une approche qu’il juge inefficace : « Même si nous recrutons des experts venant d’Oxford, de Harvard ou de la Sorbonne, tant que nos apprenants ne maîtriseront pas les compétences de base — lire, écrire, compter et calculer — dès le préscolaire et le primaire, le problème demeurera ». Pour lui, « le mal doit être soigné à la racine et non au niveau des fruits ».
Sur le plan institutionnel, le secrétaire général du SNE replace son discours dans le contexte politique du moment, marqué par « le retour à l’ordre constitutionnel et la démission du gouvernement ». Il dit espérer que « les ministres du secteur de l’Éducation et de la Formation qui seront reconduits ou nommés travailleront réellement avec les syndicats » afin de porter « des réformes utiles et durables ».
En attendant la formation du nouveau gouvernement, Michel Pépé Balamou a formulé une série de recommandations, parmi lesquelles la création de ministères distincts pour l’enseignement de base, l’enseignement secondaire technique et professionnel, et l’enseignement supérieur, l’organisation d’un débat national sur la condition enseignante et les réformes curriculaires, ainsi qu’un investissement accru dans le préscolaire, la professionnalisation de l’éducation et l’amélioration du statut et de la rémunération des enseignants.
À travers cette prise de parole, le secrétaire général du Syndicat national de l’éducation a voulu rappeler une ligne directrice claire : sans enseignants formés, reconnus et soutenus, aucune réforme éducative ne peut produire des résultats durables.
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