À Sanoyah, dans la commune du même nom, le déguerpissement annoncé par les autorités a déjà produit ses premiers effets. Informés du lancement imminent des opérations dans le Grand Conakry par la Direction générale de la police nationale, des occupants des emprises publiques ont commencé à libérer les lieux avant l’arrivée des engins.

Au grand marché de Km 36, les scènes sont visibles : boutiques démontées, étals déplacés, hangars vidés. Les installations commerciales qui empiétaient sur la chaussée et les accotements disparaissent progressivement. L’objectif affiché par les autorités est clair : mettre fin aux occupations anarchiques, dégager les routes et supprimer les encombrants physiques qui entravent la circulation.
Sur place, l’espace autrefois saturé commence à se dégager. Les abords de la route offrent désormais une visibilité inhabituelle, contrastant avec l’encombrement qui caractérisait cette zone stratégique d’entrée de Conakry.
Des commerçants rencontrés sur les lieux reconnaissent le caractère étatique des espaces concernés.
« Ici, c’est pour l’État. S’il décide de récupérer, on n’a pas le choix », lâche un vendeur, occupé à retirer les derniers matériaux de sa boutique.
D’autres se conforment à la décision tout en attendant des actes concrets après les démolitions: « Déguerpir sans rien faire après n’a pas de sens. Les routes doivent être libérées, mais le travail doit suivre », explique une vendeuse, restée assise devant sa boutique fermée.
Des femmes en première ligne
Dans les échanges, une réalité revient avec insistance : le poids économique porté par les femmes. Beaucoup affirment subvenir seules aux besoins de leurs familles: « Il y a des veuves, des femmes dont les maris ne travaillent pas. Ce sont elles qui nourrissent les enfants, paient l’école. Quand on casse sans solution, c’est la survie même qui est menacée », souligne une commerçante.
Ces femmes rappellent que leurs activités se déroulent dans des conditions précaires, souvent dès l’aube, et que le déguerpissement, sans alternatives immédiates, accentue leur vulnérabilité sociale.
Exigence de marchés structurés
Face à la répétition des opérations de déguerpissement, les commerçantes de Km 36 réclament une réponse structurelle. Elles appellent à la création de grands marchés modernes, capables d’absorber les activités commerciales informelles qui débordent aujourd’hui sur la voie publique.
« Tant qu’il n’y aura pas de marchés adaptés, les encombrants reviendront. On ne peut pas déguerpir indéfiniment sans régler le fond du problème », tranche l’une d’elles.
À Sanoyah, les déguerpissements avancent donc sous pression, entre application ferme de la décision des autorités et inquiétudes sociales persistantes. Les machines ne sont pas encore arrivées, mais le message est déjà passé : les emprises doivent être libérées, sans délai.
IAC, pour Laguinee.info







