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Mamadi Doumbouya élu pour sept ans : après quatre années de transition, quel gouvernement pour ouvrir réellement une nouvelle page politique ?

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Le 5 septembre 2021, une détonation politique a retenti à Conakry. Le colonel Mamadi Doumbouya renversait Alpha Condé et promettait une transition « exemplaire », centrée sur la refondation de l’État, la moralisation de la vie publique et le retour rapide à l’ordre constitutionnel. Quatre ans plus tard, l’image est tout autre : l’ancien chef de la junte entre en fonction comme président élu de la République, auréolé d’un score de 86,72 % dans une élection largement décrite comme verrouillée. Le contraste entre les promesses de 2021 et la réalité de 2026 nourrit un débat majeur : que peut-on attendre de son premier gouvernement, celui qui doit ouvrir son septennat ?

Depuis la chute d’Alpha Condé, la Guinée a été dirigée par un dispositif institutionnel dominé par l’armée, structuré autour du CNRD et d’un exécutif ultra-centralisé. Les quatre années de transition ont renforcé l’habitude d’une prise de décision verticale et d’une forte personnalisation du pouvoir. Dans cette configuration, les ministres n’ont souvent été que des relais techniques, rarement des décideurs politiques. Le premier test du président élu consiste donc à savoir s’il acceptera de desserrer cette centralisation. La nature du premier gouvernement dira s’il entend gouverner en chef d’État ou en chef de junte en costume.

Ce questionnement est d’autant plus crucial que la légitimité politique issue du scrutin reste fragile. Le score de 86,72 %, dans une élection sans réelle compétition, place le nouveau pouvoir dans une situation paradoxale : officiellement consacré par les urnes, mais confronté à une perception publique divisée. Dans un tel contexte, l’ouverture devient plus qu’un geste symbolique : c’est un outil stratégique. Un gouvernement strictement composé de fidèles renforcerait l’idée d’un pouvoir fermé, peu soucieux du pluralisme. À l’inverse, des nominations indépendantes, techniques et reconnues pourraient apaiser les tensions, désamorcer les critiques et offrir une respiration politique dans un climat tendu.

La question de la structure du gouvernement n’est pas secondaire. La Guinée traîne depuis plus de vingt ans un problème de conception administrative : trop de ministères, trop de chevauchements, trop de nominations à faible valeur ajoutée. La transition n’a pas inversé cette tendance, et l’État s’est alourdi sans gagner en efficacité. Un gouvernement resserré serait un signal fort, mais il demanderait du courage politique. Réduire la taille de l’exécutif, c’est renoncer à distribuer des postes aux soutiens, c’est accepter une équipe plus difficile à contrôler, mais plus efficace à piloter. Ce choix refléterait une ambition de performance plutôt qu’une logique de gestion politique.

Sur le plan économique, le tableau est contrasté. La transition a laissé derrière elle une inflation persistante, un environnement réglementaire instable et une relation fluctuante avec les investisseurs. Les grands projets miniers ont avancé mais dans un cadre perçu comme imprévisible. Le climat des affaires reste marqué par la crainte de décisions unilatérales ou abruptes, un facteur qui décourage les investisseurs privés. Le nouveau gouvernement doit donc faire émerger un pôle économique solide, cohérent et lisible. Les ministères des Finances, de l’Économie, de l’Industrie, des Mines et des Infrastructures devront travailler en bloc, avec une direction claire et des objectifs mesurables. La sélection des personnes qui occuperont ces postes déterminera l’orientation économique du septennat : stabilisation progressive ou continuité de la volatilité.

La justice et la sécurité sont probablement les deux secteurs les plus scrutés par l’opinion. Les quatre années de transition ont été marquées par des épisodes de tension, des restrictions de manifestations, des critiques de l’opposition et des organisations de défense des droits humains. Le premier gouvernement doit clarifier la ligne politique dans ces domaines cruciaux. S’il s’agit de poursuivre la même approche, centrée sur la maîtrise sécuritaire, les portefeuilles de la Justice et de la Sécurité seront confiés à des profils proches de l’appareil militaire. S’il s’agit au contraire d’amorcer une normalisation, il faudra y nommer des civils indépendants, compétents et capables de restaurer la confiance entre l’État et les citoyens. Ce choix aura un impact direct sur la perception du régime à l’intérieur comme à l’extérieur.

Le volet social représente un autre espace d’attente intense. Dans les quartiers et les villages, les préoccupations sont concrètes : emploi pour les jeunes, coût de la vie, accès à l’éducation et aux soins. Les Guinéens veulent un gouvernement présent sur le terrain, à l’écoute des réalités quotidiennes. L’expérience a montré que les grands discours ne suffisent pas : ce sont les résultats visibles qui comptent. Si le nouveau pouvoir veut établir un lien durable avec la population, il devra nommer des ministres capables de mettre en œuvre des politiques sociales pragmatiques, mesurables et continues.

À cette équation s’ajoute un élément essentiel : la relation entre civils et militaires. Quatre ans de transition ont profondément modifié les équilibres internes. L’armée a été placée au cœur du système politique, et il est illusoire d’imaginer qu’elle disparaîtra du jour au lendemain de la sphère décisionnelle. Le premier gouvernement sera observé à travers ce prisme : combien de militaires ou d’anciens militaires occuperont des postes stratégiques ? Quelle marge de manœuvre réelle sera accordée aux civils ? Cette dimension influencera la perception de l’évolution du régime au cours des prochaines années.

Le contexte sous-régional joue aussi un rôle. Dans une Afrique de l’Ouest secouée par plusieurs coups d’État récents, la manière dont la Guinée articulera sa transition vers un régime « civil » sera scrutée par les organisations régionales et les partenaires internationaux. Un gouvernement crédible et équilibré pourrait favoriser une réintégration progressive dans les processus diplomatiques et économiques. Un gouvernement verrouillé, au contraire, pourrait prolonger la méfiance et isoler davantage le pays.

En définitive, la composition du premier gouvernement de Mamadi Doumbouya est bien plus qu’un exercice administratif. C’est un acte politique fondateur. De ce casting dépendra la nature du régime, son rythme, sa cohérence et sa capacité à convaincre. Trois trajectoires se dessinent en arrière-plan. La première consiste à reconduire les équilibres de la transition, prolongeant une gouvernance concentrée et militarisée sous une légitimité électorale. La deuxième repose sur une ouverture contrôlée, visant l’apaisement sans transformation en profondeur. La troisième, plus audacieuse, chercherait à redéfinir la gouvernance en s’appuyant sur une équipe civile, technique et resserrée.

Le pays attend. Les partenaires observent. Les sceptiques scrutent. Les partisans s’interrogent.

Et c’est dans les noms et les visages que le président choisira que se lira, de façon concrète, l’avenir immédiat de la Guinée et la véritable orientation de son septennat.

LAGUINEE.INFO 

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