Les Nations unies ont officiellement adressé une alerte au gouvernement guinéen concernant les menaces et actes d’intimidation visant Alseny Farinta Camara, défenseur des droits humains contraint à l’exil depuis août 2024. La correspondance, signée par plusieurs experts des procédures spéciales du Conseil des droits de l’homme, décrit une situation sécuritaire inquiétante pour les militants en Guinée.
Président du Réseau national des acteurs du développement durable (RENADE) et coordinateur adjoint de Tournons La Page Guinée (TLP-Guinée), Alseny Farinta Camara s’est fait connaître par sa lutte contre la corruption et la documentation des violations des droits humains depuis 2019. Selon l’ONU, son engagement a entraîné une succession de représailles, le plaçant dans une situation de danger permanent.
La lettre onusienne évoque notamment la participation de M. Camara aux manifestations du FNDC contre le troisième mandat d’Alpha Condé, qui avait conduit à son arrestation et à une condamnation jugées arbitraires. Mais c’est surtout après mars 2024, à la suite de plaintes pour corruption déposées contre des responsables du CRIEF, que la pression s’est intensifiée. Des appels anonymes menaçant de mort M. Camara et des intrusions nocturnes à son domicile ont été signalés, accompagnés de descentes de gendarmes armés et de menaces crédibles d’enlèvement.
Face à ces risques, l’activiste a quitté la Guinée le 5 août 2024 pour la Guinée-Bissau, avant de se réfugier au Sénégal en novembre. Malgré l’exil, il affirme être sous surveillance à Dakar, où des individus non identifiés suivraient ses déplacements, renforçant ses craintes d’une coopération sécuritaire transfrontalière entre la Guinée et le Sénégal.
Pour les experts onusiens, ces actes pourraient constituer des représailles directes contre l’exercice légitime de la liberté d’expression, protégée par le Pacte international relatif aux droits civils et politiques, ratifié par la Guinée. « Les menaces et actes dirigés contre M. Camara reflètent une tendance à l’intimidation et aux violations contre les militants et défenseurs des droits humains en Guinée », soulignent-ils.
L’ONU demande au gouvernement guinéen de fournir des informations sur les enquêtes éventuelles, de garantir un environnement sûr aux défenseurs des droits humains et de prévenir toute atteinte irréparable à l’intégrité physique de l’activiste. Une réponse des autorités sera rendue publique dans un délai de 60 jours, et une copie a également été transmise aux gouvernements du Sénégal et de la Guinée-Bissau.
Pour Alseny Farinta Camara, derrière les chiffres et les rapports, c’est une question de survie. Son combat contre la corruption et pour la protection des droits humains continue, mais l’ombre des menaces plane encore, rappelant que le chemin des militants de la liberté reste semé d’embûches, même lorsqu’ils franchissent les frontières.
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