Les chiffres publiés par l’Agence guinéenne de la sécurité routière (AGUISER) pour l’année 2025 dressent un constat brut : 3 305 accidents recensés, une hausse spectaculaire de 33,5 % par rapport à l’année précédente. Mais derrière ces données se trouvent des familles endeuillées, des blessés durables, des revenus brisés et un système de prévention qui peine à suivre l’évolution du trafic.
Selon le rapport, 528 personnes ont perdu la vie sur les routes guinéennes en 2025. Parmi elles, 342 hommes, 120 femmes et 66 mineurs. Des chiffres qui traduisent un phénomène devenu structurel dans un pays où la mobilité repose largement sur les deux-roues et les transports informels.
Une violence routière qui touche d’abord les plus vulnérables
Les mineurs figurent, une fois encore, au cœur des victimes recensées : 66 décès et plus de 230 blessés (graves et légers confondus). Un indicateur qui interroge sur l’exposition des enfants aux risques routiers, qu’ils soient passagers de motos-taxis, piétons ou apprentis conducteurs.
Les motocyclistes sont également désignés comme les plus exposés. L’AGUISER évoque le défaut de port de casque, l’indiscipline et l’absence de permis adaptés comme facteurs aggravants.
Sur le plan des blessures, le rapport fait état de 702 blessés graves et 888 blessés légers. Derrière ces catégories administratives se cachent des réalités souvent lourdes : amputations, handicaps permanents, pertes de revenus, dépendance aux proches.
Des causes connues, mais toujours difficiles à maîtriser
Les principales causes évoquées par l’AGUISER sont récurrentes :
excès de vitesse ;
non-respect du Code de la route ;
surcharge et imprudence ;
mauvais état mécanique des véhicules ;
dégradation des routes ;
consommation de stupéfiants.
À cela s’ajoute la vétusté d’un parc automobile marqué par l’importation de véhicules d’occasion, parfois déjà accidentés. Les contrôles techniques, pourtant obligatoires, restent irréguliers ou contournés dans de nombreux cas.
Un coût humain, mais aussi économique
Au-delà des vies perdues, l’impact matériel n’est pas moindre. En 2025, les accidents ont provoqué 659 dommages importants et 711 dommages légers, touchant au total plus de 3 500 véhicules et motos.
Dans un pays où le transport constitue une source essentielle de revenus, chaque engin immobilisé représente un foyer affecté, parfois durablement.
Les autorités précisent également que 299 dossiers ont été transmis à la justice, signe d’une volonté accrue de responsabilisation. Mais les procédures restent longues et les sanctions peu dissuasives, selon plusieurs observateurs du secteur.
Un défi national encore loin d’être résolu
La hausse enregistrée en 2025 montre les limites des campagnes de sensibilisation menées ces dernières années. Malgré les messages répétés sur les médias et les réseaux sociaux, l’indiscipline routière reste ancrée.
Face à cette situation, plusieurs acteurs appellent à une réforme profonde :
renforcement du contrôle technique ;
lutte contre les substances psychoactives au volant ;
réglementation des motos-taxis ;
amélioration des infrastructures ;
formation obligatoire des conducteurs.
Ces pistes reviennent année après année, sans véritable rupture. Entre les embouteillages croissants, la pression sur les transports urbains et la faiblesse du contrôle routier, le défi semble complexe.
Pour les familles endeuillées, la réalité est plus simple : chaque trajet sur les routes guinéennes reste un pari.
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