Les éditions Yigui ont publié ce jour Le « Coup d’État contre Alpha Condé », un ouvrage de Tibou Kamara consacré aux derniers mois de la présidence du professeur Alpha Condé. À travers des témoignages directs et des scènes rapportées de l’intérieur du pouvoir, l’auteur décrit un climat de soupçons, d’alertes répétées et d’hésitations politiques, dans un contexte sécuritaire et économique de plus en plus fragile.
Dès le premier chapitre (pp. 16-17), Tibou Kamara met en avant un épisode central : la difficulté, pour les proches du chef de l’État, de prévenir des complots lorsque ceux-ci semblent émerger du premier cercle présidentiel. L’auteur rapporte les confidences d’Ismaël Dioubaté, alors ministre du Budget, qui lui aurait décrit une visite inhabituelle à son domicile. Des éléments de la garde présidentielle seraient venus l’alerter directement.
« Monsieur le ministre, vous avez l’oreille du président, c’est pourquoi nous nous adressons à vous », auraient-ils déclaré avant d’ajouter : « Le chef d’état-major général des armées, le général Namory Traoré, est désormais protégé par les forces spéciales, et non plus par l’armée régulière. Nous constatons des mouvements suspects et des comportements troublants. Nous sommes convaincus qu’un projet inavoué est en préparation. Alertez le président ! »
Selon le récit, ce message place Ismaël Dioubaté dans une position délicate. L’auteur souligne son hésitation, « embrassé par la gravité de l’alerte », partagé entre la peur d’irriter le président, qui pouvait interpréter ces informations comme une tentative de déstabilisation, et le sentiment d’urgence face au danger. Le contexte n’encourageait guère une initiative franche. À plusieurs reprises, le ministre de la Défense de l’époque, Dr Mohamed Diané, lui aurait demandé d’informer le général Namory Traoré que « des soupçons pesaient sur lui ». Le ministre de la Défense semblait convaincu que le chef d’état-major pouvait être impliqué dans « une tentative latente de déstabilisation du régime ».
Faute de pouvoir procéder à son limogeage et face à l’hésitation du chef de l’État, Dr Mohamed Diané aurait alors conseillé à son collègue du Budget d’user de son influence pour dissuader l’officier général, « si cela était avéré ». Originaire de la même région que le général Namory Traoré, Kouroussa en Haute-Guinée, Ismaël Dioubaté aurait transmis à plusieurs reprises ces avertissements. Le général aurait cependant « nié catégoriquement toute implication ». Une situation qui, selon l’auteur, laissait le ministre du Budget perplexe, s’interrogeant sur le maintien à son poste d’un chef d’état-major visé par des soupçons persistants.
L’ouvrage replace ces tensions sécuritaires dans un contexte économique déjà préoccupant. Tibou Kamara évoque une crise financière qui s’aggravait dangereusement, accentuée par des décisions politiques controversées. Lors d’un séjour du professeur Alpha Condé en Turquie, Ismaël Dioubaté aurait averti que « la menace d’un coup d’État était plus grave que la crise économique » et que, sans « un remaniement rapide au sein de l’état-major », le régime risquait de s’effondrer.
Dans le même temps, la décision du président de « ne plus laisser le cordon de la bourse » en suspendant les décaissements aurait contribué à accentuer une crise financière jugée préoccupante.
Après le coup d’État, une fois « les langues déliées », l’auteur indique qu’il est apparu que le président Alpha Condé avait bel et bien été informé de la conspiration. Des figures de son entourage, notamment Lansana Komara, ancien ministre, et Bangaly Camara, ancien directeur général de la police nationale, lui auraient transmis des mises en garde. Pourtant, selon le livre, le chef de l’État aurait accueilli ces alertes « avec un rire désinvolte », affirmant « avoir fait venir Doumbouya pour faire peur à tout le monde » et se disant rassuré par « son contrôle total de la situation ».
Les visiteurs seraient repartis « déconfits et incrédules », surpris par cette insouciance. Tibou Kamara souligne que ceux qui connaissaient bien le président savaient qu’ils « risquaient de l’irriter » en partageant certaines informations sensibles, d’autant plus que « les services de sécurité les plus compétents n’avaient pas réussi à le convaincre de l’imminence du danger ».
L’extrait se conclut sur une réflexion plus large : « L’histoire ne se réécrit pas, et elle ne pleure pas d’avoir échoué à conjurer le pire », écrit l’auteur, estimant que « le hasard détermine parfois le destin, qui s’impose comme un pouvoir divin ».
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