Pendant longtemps, j’ai cru que la politique était l’affaire des autres. Membre d’une ONG, je pensais que rester « apolitique » me protégeait, que mon combat pour les droits des femmes pouvait exister en dehors des institutions et du pouvoir. C’était une erreur ! Parceque le féminisme est profondément politique.
Nos vies sont régies par des lois, des décisions, des budgets et des priorités fixées en grande majorité par des personnes qui ne vivent pas ce que nous vivons. Des personnes souvent imprégnées de sexisme, de misogynie, parfois soutenues par celles et ceux qui, consciemment ou non, protègent le patriarcat. Et pourtant, ce sont elles qui décident pour nous.
Être féministe sans s’intéresser à la politique, c’est accepter que d’autres parlent en notre nom. Il ne s’agit pas forcément d’adhérer à un parti, mais de comprendre, questionner, surveiller et investir les espaces de pouvoir. Il faut parler politique, s’y intéresser, identifier les opportunités pour faire entendre nos voix là où les décisions se prennent.
À l’approche des élections présidentielles guinéennes , il est essentiel de regarder attentivement les projets de société des candidats. Que disent-ils concrètement des violences basées sur le genre ? Des droits des femmes ? De la prévention, de la prise en charge des victimes, de l’accès à la justice, des budgets alloués à ces questions ? Le silence, l’imprécision ou les promesses vagues sont aussi des choix politiques.
Nos lois sont encore largement pensées sans nous, nos réalités sont absentes de nombreux textes, la parité n’est pas respectée. Des propos sexistes sont tenus publiquement, y compris par des personnes chargées de faire appliquer la loi.
Suite : On parle de féminicide, parfois même au plus haut niveau de l’État, alors que ce terme n’existe pas juridiquement dans nos textes en Guinée . Comment protéger efficacement les femmes si leur meurtre, parce qu’elles sont femmes, n’est pas clairement reconnu et nommé par la loi ?
Nos institutions sont aussi traversées par une autre réalité. Elles comptent en leur sein des personnes accusées de violences, d’abus ou de graves atteintes aux droits humains. Et malgré cela, elles continuent de produire des lois censées nous protéger.
D’ailleurs, beaucoup de femmes ignorent encore les outils juridiques qui existent. J’ai discuté avec des filles instruites qui pensent que porter plainte pour harcèlement au travail , est une perte de temps il faut plutôt quitter ton poste. Alors que le Code du travail, par exemple, reconnaît le harcèlement. Le droit peut être une arme, à condition de le connaître. Prenez le temps de lire la constitution, le code pénal, le code civil, le code du travail, le code de l’enfant….
À l’approche des élections, rester silencieuse n’est pas neutre. Ne pas s’impliquer, c’est laisser le champ libre à ceux qui ne nous représentent pas. Engagez-vous ! Informez-vous ! Prenez la parole !
Aminata Doumbouya







