Le sommet ordinaire de la Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest (Cedeao), tenu le 14 décembre à Abuja, a mis en lumière les limites et les leviers de l’organisation régionale face à la recrudescence des crises politiques et sécuritaires dans l’espace ouest-africain. Au centre des échanges, la Guinée-Bissau, secouée par un nouveau coup d’État, et le Bénin, confronté à une tentative de putsch avortée, ont servi de tests grandeur nature à la capacité de réaction du bloc.
En menaçant d’imposer des « sanctions ciblées » contre toute personne ou groupe entravant le retour à l’ordre constitutionnel en Guinée-Bissau, la Cedeao cherche à réaffirmer son autorité dans une région marquée par une succession de ruptures institutionnelles. Le président de la Commission, Omar Alieu Touray, a insisté sur le caractère dissuasif de ces mesures, tout en rappelant que la force de maintien de la paix, déployée depuis 2022 dans le pays, est désormais habilitée à protéger les institutions et les responsables politiques.
La crise bissau-guinéenne n’a toutefois pas été abordée isolément. À Abuja, la Cedeao a également tiré les enseignements de la tentative de coup d’État au Bénin, où l’intervention rapide du Nigeria, appuyée par des renforts annoncés du Ghana et de la Sierra Leone, a été présentée comme une démonstration concrète de la « solidarité régionale ». Un signal politique fort, alors que l’organisation a été fragilisée ces dernières années par les putschs successifs au Burkina Faso, en Guinée, au Mali et au Niger.
Dans ce contexte tendu, la Guinée s’est invitée dans les débats sous un autre registre. L’élection présidentielle prévue le 28 décembre a été qualifiée de « progrès significatif » dans le processus de transition, malgré les controverses entourant la candidature du chef de la junte, Mamadi Doumbouya, et l’exclusion de figures majeures de l’opposition. La Cedeao s’est gardée de toute condamnation frontale, préférant appeler à un scrutin crédible, transparent et équitable.
Au-delà des crises politiques, le sommet a aussi révélé une préoccupation stratégique plus large : la sécurité régionale. La montée en puissance de l’Alliance des États du Sahel (AES), créée par le Burkina Faso, le Mali et le Niger après leur départ de la Cedeao, impose une reconfiguration des mécanismes de coopération. Consciente des risques de fragmentation, la Commission a plaidé pour des discussions avec l’AES sur les menaces communes, alors que l’insécurité continue de s’étendre au sud du Sahel.
À Abuja, la Cedeao n’a donc pas seulement condamné des coups de force. Elle a tenté de redéfinir sa posture, entre fermeté politique, recherche de cohésion régionale et nécessité de dialogue, dans un environnement ouest-africain de plus en plus instable.
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