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Guinée-Bissau : la CEDEAO dans une nouvelle mission impossible?

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La Guinée-Bissau replonge dans une transition politique, et avec elle, la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) se retrouve encore une fois au cœur d’un dossier complexe, chargé d’incertitudes et épaissi par une série d’échecs récents. L’organisation régionale, longtemps considérée comme un rempart contre les crises politiques, doit désormais gérer une nouvelle transition qui s’ajoute à une longue liste de dossiers ouverts.

Cette fois, la question centrale n’est plus seulement de savoir comment aider la Guinée-Bissau à retrouver un ordre institutionnel stable, mais aussi de déterminer ce que la CEDEAO peut encore faire, après plusieurs revers qui ont fragilisé sa crédibilité.

Une transition de plus dans un pays habitué aux ruptures

Le 28 novembre, les militaires au pouvoir à Bissau ont nommé Ilidio Vieira Té comme Premier ministre de transition. Ministre des Finances jusqu’ici, il assumera désormais la charge de chef du gouvernement pour les douze prochains mois. Une nomination qui s’inscrit dans un paysage politique bousculé, où les transitions sont presque devenues une règle. Depuis des décennies, la Guinée-Bissau alterne coups d’État, dissolutions, gouvernements éphémères et crises internes.
Le départ d’Umaro Sissoco Embaló vers Dakar, à bord d’un avion affrété par la CEDEAO, marque une nouvelle ligne dans l’histoire politique agitée du pays.

Une capitale qui respire à peine

Au premier jour de la levée des mesures restrictives, Bissau reprend doucement son souffle. Les transports circulent, les marchés rouvrent timidement. Le calme apparent masque cependant une forte appréhension : les institutions publiques restent portes closes, sauf les hôpitaux, les centres de santé et les écoles.
La vie continue, mais elle avance sur une ligne de crête. En toile de fond, la crainte d’une transition interminable, d’un système politique qui s’emballe encore une fois, sans garantie de stabilité durable.

La CEDEAO face à un cycle d’échecs

La présence de la CEDEAO dans le dossier bissau-guinéen n’a rien d’une nouveauté. L’organisation y est intervenue à maintes reprises depuis les années 1990 : médiations, missions de stabilisation, pressions diplomatiques, sanctions ciblées… Pourtant, le pays reste l’un des systèmes politiques les plus fragiles d’Afrique de l’Ouest.

Et cette situation arrive dans un contexte où l’organisation régionale essuie plusieurs revers majeurs.
Dans quatre pays, ses mécanismes ont échoué à empêcher ce qu’elle combattait :

  • Guinée (2021) : le renversement d’Alpha Condé a profondément mis en cause la capacité de la CEDEAO à anticiper et à dissuader un coup d’État.
  • Mali (2020 et 2021) : malgré une batterie de sanctions inédites, Bamako s’est engagé dans une transition militaire prolongée.
  • Burkina Faso (2022) : deux coups d’État en huit mois, malgré une présence diplomatique continue de la CEDEAO.
  • Niger (2023) : l’une des plus grandes crises diplomatiques de l’histoire de l’organisation, marquée par une menace d’intervention militaire qui n’a jamais été exécutée.

À chaque fois, les putschs se sont imposés devant une organisation qui, malgré ses sommets extraordinaires et ses communiqués fermes, n’a pas réussi à inverser les dynamiques internes.
Aujourd’hui, la question est simple : que peut encore faire la CEDEAO en Guinée-Bissau, alors qu’elle peine à peser dans les pays en transition ?

Une organisation affaiblie et un espace régional fragmenté

Le principal obstacle de la CEDEAO est désormais sa crédibilité érodée. Les transitions prolongées, la montée du sentiment anti-CEDEAO dans plusieurs pays, la création de l’Alliance des États du Sahel (AES), l’échec des sanctions dans la durée… autant d’éléments qui affaiblissent son influence.
L’organisation n’apparaît plus comme un arbitre incontesté. Elle est plutôt perçue comme un acteur aux marges réduites, confronté à une géopolitique régionale qui change rapidement.

En Guinée-Bissau, son rôle sera donc scruté :

  • Peut-elle encore imposer un calendrier réaliste et accepté ?
  • Peut-elle garantir une transition pacifique dans un pays où les tensions sont souvent imprévisibles ?
  • A-t-elle encore les moyens politiques de peser sur une armée qui reste décisive dans tous les rapports de force internes ?
Entre lassitude régionale et nécessité d’agir

Si la CEDEAO semble affaiblie, elle reste néanmoins un acteur incontournable. Sans elle, aucun mécanisme régional de prévention des crises ne pourrait exister.
En Guinée-Bissau, son rôle sera néanmoins plus difficile qu’auparavant. Il faudra convaincre, rassurer, accompagner et, surtout, éviter de reproduire les schémas des dernières transitions où les injonctions régionales ont souvent été ignorées.

La mission qui se présente à elle ressemble à un terrain miné : restaurer la confiance dans un pays habitué aux ruptures, tout en reconstruisant sa propre crédibilité auprès des populations ouest-africaines.
Une équation que beaucoup qualifient déjà d’impossible. Mais dans la région, les crises se succèdent à un rythme tel que renoncer n’est pas une option.

Une transition-test

La Guinée-Bissau devient aujourd’hui un test pour une CEDEAO fragilisée.
Un test de cohérence.
Un test de résilience.
Un test de légitimité.

Après les échecs en Guinée, au Mali, au Burkina Faso et au Niger, l’organisation arrive affaiblie dans un pays où chaque transition menace de se transformer en crise.
La question demeure : la CEDEAO peut-elle encore résoudre les crises ou est-elle devenue spectatrice d’une région qui se fragilise ?

Seule la suite de la transition bissau-guinéenne donnera une réponse claire. Pour l’heure, l’organisation avance dans une nouvelle mission où chaque faux pas risque d’alourdir une crédibilité déjà vacillante.

La rédaction de www.laguinee.info 

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