La crise politique en Guinée-Bissau prend une nouvelle tournure. Alors que la junte consolide progressivement son emprise sur le pays, des voix autorisées sur la scène ouest-africaine s’interrogent désormais sur l’origine réelle du coup de force qui a renversé Umaro Sissoco Embaló. L’ancien président nigérian Goodluck Jonathan, figure respectée des médiations régionales, avance une hypothèse dérangeante : et si le président déchu avait lui-même orchestré sa chute ?
Goodluck Jonathan, qui suit de près l’évolution de la situation en Guinée-Bissau, décrit une séquence “étrange”, marquée par un déroulement inhabituel des événements. Selon lui, plusieurs éléments du scénario interpellent.
Il rappelle d’abord que l’annonce du coup d’État n’a pas été faite par les militaires, mais par Embaló lui-même. « C’est le président Embaló qui a annoncé le coup d’État, avant même que les militaires ne s’adressent au monde pour dire qu’ils prenaient le contrôle », souligne-t-il. Plus troublant encore, l’ancien chef de l’État nigérian s’étonne que le dirigeant renversé ait pu utiliser librement son téléphone et accorder des interviews en direct pour déclarer… qu’il avait été arrêté.
Ce paradoxe alimente son doute : « Les militaires ne renversent pas un président pour lui permettre de faire des conférences de presse en pleine opération. Pourquoi cela se produit-il ? Qui se moque de qui ? », interroge-t-il. Pour Goodluck Jonathan, le déroulé s’apparente davantage à une mise en scène qu’à une prise de pouvoir classique. Un procédé qu’il qualifie de “cérémoniel”, voire de manœuvre destinée à brouiller les cartes au moment où la Guinée-Bissau attendait les résultats de la présidentielle.
La critique est relayée au Sénégal. Le Premier ministre Ousmane Sonko va plus loin, évoquant une “combine” destinée à interrompre le processus électoral. Un jugement sévère qui s’ajoute aux soupçons de manipulation politique. Ironie qui n’échappe à personne : c’est au Sénégal, précisément, que le président déchu a trouvé refuge après son renversement.
Cette controverse intervient alors que la junte militaire à Bissau s’installe durablement, multipliant les actes de souveraineté et renforçant son contrôle des institutions. Dans ce climat tendu, les déclarations de Goodluck Jonathan et d’Ousmane Sonko ravivent le débat sur la légitimité du coup de force et sur les zones d’ombre qui entourent la chute d’Embaló.
Il reste à savoir si ces interrogations seront approfondies par des enquêtes régionales ou internationales, ou si elles resteront au stade des soupçons. Pour l’heure, elles contribuent à accentuer les incertitudes autour d’un épisode déjà complexe, où les frontières entre stratégie politique, crise institutionnelle et jeu d’influences restent difficiles à démêler.
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