Le climat se tend dangereusement au sein du pouvoir sénégalais. La relation entre le président Bassirou Diomaye Faye et son Premier ministre Ousmane Sonko traverse une zone de fortes turbulences. En cause : une lettre du chef de l’État datée du 11 novembre 2025, adressée aux membres de la coalition « Diomaye Président », qui a provoqué une onde de choc jusque dans les rangs du PASTEF.
Dans cette correspondance, Diomaye Faye annonce avoir mis fin à la mission de Madame Aïssatou Mbodj à la tête de la coalition, tout en la remerciant pour « son engagement et son dévouement sans commune mesure ». Il y évoque une réorganisation complète de la structure politique, qu’il juge minée par la « léthargie » et les « divisions persistantes ». Pour conduire cette refonte, il nomme Aminata Touré, ancienne superviseure générale de la campagne présidentielle de 2024, présentée comme une femme d’expérience et d’ouverture.
« Je ne doute point que son expérience, son engagement et son esprit fédérateur nous seront d’un grand apport », écrit le président, avant d’ajouter que la nouvelle coalition devra servir la « vulgarisation positive de l’action du gouvernement sous la conduite éclairée du Premier ministre Ousmane Sonko ».
Mais cette décision a aussitôt fait bondir le PASTEF – Les Patriotes, le parti fondé par Sonko. Dans un communiqué d’une rare sévérité, signé sous la référence BPN 2025-0012, la formation politique recadre le chef de l’État et remet les pendules à l’heure.
Le parti affirme que la restructuration évoquée par le président « avait déjà été engagée » après la victoire de mars 2024, sous la direction de Madame Aïssatou Mbodj, et que tous les textes préparatoires (charte, règlement intérieur, structuration) avaient été finalisés et partagés. Mieux encore, un nouveau nom avait été proposé pour succéder à « Diomaye Président » : APTE (Alliance Patriotique pour le Travail et l’Éthique).
PASTEF rappelle fermement que « Monsieur Bassirou Diomaye Faye n’a pas le pouvoir de démettre Madame Aïssatou Mbodj », car elle a été désignée par la Conférence des leaders, et précise que « la coalition n’a jamais eu pour président Bassirou Diomaye Faye, qui en était uniquement le candidat ». Le parti prend également ses distances avec Aminata Touré, déclarant « ne pas partager les mêmes valeurs ni les mêmes principes » avec elle.
En filigrane, une bataille de légitimité se dessine. Tandis que Diomaye Faye tente d’imprimer sa marque sur la majorité présidentielle, le PASTEF défend bec et ongles l’héritage politique du mouvement qui a conduit à la victoire du 24 mars 2024.
Les mots sont pesés, mais le message est clair : le PASTEF ne se laissera pas marginaliser. Derrière les formules diplomatiques, la fracture est profonde. Ce qui devait être une simple réorganisation administrative se transforme en crise politique ouverte au sommet de l’État.
Entre le président et son Premier ministre, la confiance s’effrite. Et si la situation n’est pas rapidement maîtrisée, c’est tout l’équilibre du pouvoir né de leur alliance qui risque de vaciller.
Laguinee.info







