Le dossier des enseignants contractuels communaux non retenus continue de hanter les couloirs de l’administration guinéenne. Pour Michel Pépé Balamou, secrétaire général du Syndicat national de l’Éducation, il s’agit désormais d’une urgence nationale, tant la situation met à nu les faiblesses structurelles du système éducatif guinéen.
Selon lui, cette crise qui perdure depuis plus d’une décennie constitue « un véritable goulot d’étranglement pour le gouvernement », incapable jusqu’ici d’apporter une réponse durable. « Pour démêler l’écheveau de ce dossier épineux, il faut une volonté politique réelle, une implication directe du Président de la République et du Premier ministre, avec des instructions claires adressées aux quatre ministères concernés », plaide le syndicaliste. Ces ministères sont, selon lui, le Travail et la Fonction publique, le Budget, l’Administration du territoire et la Décentralisation, ainsi que l’Enseignement pré-universitaire et l’Alphabétisation.
Une pénurie criante d’enseignants
L’école guinéenne fait face à un déficit estimé à 18 000 enseignants pour le seul sous-secteur du pré-universitaire. Une carence qui compromet sérieusement les engagements du pays en matière d’éducation de qualité et inclusive, notamment l’Objectif de Développement Durable n°4 (ODD4), qui vise à « assurer l’accès de tous à une éducation de qualité ».
Dans les zones rurales, les conséquences sont dramatiques : certaines écoles ferment faute d’enseignants, d’autres fonctionnent avec des classes multigrades où un seul instituteur enseigne plusieurs matières sans formation suffisante. Résultat : les élèves ruraux échouent massivement aux examens nationaux. À l’inverse, les écoles urbaines, surtout privées, disposent de meilleures conditions d’apprentissage et d’encadrement.
« Cette disparité territoriale crée une injustice sociale profonde », dénonce Michel Pépé Balamou, qui estime que le recrutement des enseignants contractuels non retenus s’impose désormais comme un impératif national pour redonner souffle à l’école publique guinéenne.
Une injustice à corriger
Ces enseignants, rappelle-t-il, n’ont pas été écartés pour incompétence, mais à cause d’un quota budgétaire limité imposé par le gouvernement lors de l’évaluation en pratique de classe. « Certains ont obtenu 16 de moyenne dans une préfecture et ont échoué, pendant que d’autres ont été admis avec 10 ailleurs, simplement pour équilibrer les chiffres », explique-t-il.
Pour le syndicaliste, réparer cette injustice serait un acte de justice sociale et une reconnaissance du sacrifice de ces hommes et femmes qui, depuis près de huit ans, enseignent sans salaire, souvent dans des zones enclavées où peu d’enseignants titulaires acceptent d’aller.
« Ils ne méritent pas d’être des victimes expiatoires de l’ingratitude de la République », insiste-t-il. « Ce sont eux qui ont assuré la continuité pédagogique dans les localités les plus pauvres, parfois sans aucun moyen. »
Vers un assainissement du fichier des contractuels
Michel Pépé Balamou appelle enfin à un assainissement rigoureux du fichier des enseignants contractuels, afin d’y voir plus clair parmi les différentes catégories :
les non retenus à l’issue de l’évaluation en pratique de classe ;
ceux frappés par l’âge ou omis lors du processus ;
les contractuels d’État recrutés pendant la grève du SLECG en 2018 ;
les contractuels franco-arabes ;
les contractuels communautaires recrutés et payés par les villages ;
les bénévoles des écoles urbaines ;
et les diplômés des ENI et de l’ISSEG en attente d’intégration.
Pour le secrétaire général du Syndicat national de l’éducation, reconnaître et régulariser la situation de ces contractuels, c’est investir dans le capital humain et restaurer la dignité de l’école publique guinéenne.
« L’éducation n’est pas une dépense pour un État ambitieux, mais un investissement », conclut-il.
Laguinee.info







