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Madagascar : la contestation gagne les rangs de l’armée mais refuse de « tirer » les manifestants

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Ce qui n’était qu’une colère de la rue est en train de se transformer en fronde militaire. À Madagascar, une unité de l’armée a appelé samedi les forces de sécurité à « refuser les ordres de tirer » sur les manifestants, alors que plusieurs soldats ont rejoint la foule à Antananarivo, sous les applaudissements de milliers de citoyens.

L’appel, lancé depuis la base du CAPSAT,  le Corps d’armée des personnels et des services administratifs et techniques , marque un tournant dans une contestation qui, en moins de trois semaines, a dépassé les simples revendications sociales pour devenir un mouvement politique et désormais institutionnel, selon AFP.

Une révolte née des coupures, nourrie par la colère sociale

Tout est parti des coupures d’eau et d’électricité. Les jeunes de la « Génération Z » avaient commencé à manifester fin septembre pour exiger un service public digne de ce nom. Mais très vite, le mouvement s’est mué en une dénonciation frontale du pouvoir d’Andry Rajoelina, accusé de corruption et d’enrichissement d’une élite restreinte.

Dans une vidéo largement diffusée sur les réseaux sociaux, les soldats du CAPSAT déclarent : « Unissons nos forces, militaires, gendarmes et policiers, et refusons d’être payés pour tirer sur nos amis, nos frères et nos sœurs. »

Ils appellent leurs camarades à « ne plus obéir » à des ordres jugés injustes, allant jusqu’à exhorter ceux stationnés dans les palais présidentiels ou à l’aéroport d’Ivato à « regagner leurs camps d’origine » et « empêcher tout décollage d’aéronefs ».

Le fantôme de 2009 refait surface

Le lieu d’où part cet appel n’est pas anodin. En 2009, c’est déjà depuis cette même base du CAPSAT qu’une mutinerie avait éclaté, accélérant la chute du président Marc Ravalomanana et l’ascension au pouvoir… d’Andry Rajoelina.

Seize ans plus tard, l’histoire semble bégayer, mais avec le président de 2009 devenu la cible de la rébellion.

Des appels à la retenue

Face au risque d’embrasement, le nouveau ministre des Armées, Deramasinjaka Manantsoa Rakotoarivelo, a appelé au dialogue :

« Nous appelons nos frères qui ne sont pas d’accord avec nous à privilégier la concertation. L’armée demeure la dernière ligne de défense de la nation. »

Mais sur le terrain, la tension reste vive. Des vidéos diffusées sur les réseaux sociaux — authentifiées par l’Agence France-Presse (AFP), montrent des militaires rejoignant la foule et brandissant le drapeau national, acclamés par les manifestants au cri de « Merci ! ».

Une répression dénoncée, un bilan contesté

Depuis le 25 septembre, au moins 22 personnes ont été tuées et une centaine blessées selon les Nations unies. Le président Rajoelina parle, lui, de « 12 morts, tous des casseurs », rejetant les chiffres de l’ONU.

Le Haut-Commissaire aux droits de l’homme, Volker Türk, a exhorté vendredi les autorités à « cesser le recours à une force inutile ».

Des images devenues virales montrent des manifestants frappés ou laissés inconscients par les forces de l’ordre, confirmées par des journalistes de l’AFP.

Un pouvoir qui se militarise

Après avoir dissous son gouvernement dans une tentative d’apaisement, le président Rajoelina a durci le ton. Le 6 octobre, il a nommé un militaire comme Premier ministre et confié les portefeuilles clés : Armées, Sécurité publique, Gendarmerie, à des membres des forces de défense.

Ce choix illustre une crispation du pouvoir qui, loin de ramener le calme, semble désormais pousser la crise au cœur même de l’armée, jadis pilier de stabilité.

Un pays habitué aux ruptures

Madagascar, parmi les pays les plus pauvres du monde, a déjà connu plusieurs transitions chaotiques depuis son indépendance en 1960. Celle de 2009 avait fait d’Andry Rajoelina un jeune chef d’État adoubé par une partie des militaires. Aujourd’hui, ces mêmes uniformes menacent de lui tourner le dos.

Laguinee.info

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