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Bah Oury en tournée : diplomatie gouvernementale ou pré-campagne électorale pour Mamadi Doumbouya ?

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À peine trois mois séparent le référendum constitutionnel contesté du 21 septembre 2025 et l’élection présidentielle prévue pour le 28 décembre prochain. Dans ce laps de temps réduit, le pouvoir semble vouloir transformer la dynamique du “oui” au référendum en tremplin politique pour la présidentielle.

 

Et c’est dans ce contexte que le Premier ministre Amadou Oury Bah a entamé une vaste tournée à l’intérieur du pays, officiellement pour “remercier les populations” de leur participation au scrutin constitutionnel. Mais au fil des étapes – Faranah, Macenta, Guéckédou –, le ton, les symboles et les discours prennent des allures de pré-campagne électorale en faveur du chef de l’État, le général Mamadi Doumbouya.

 

Une tournée de remerciements à forte teneur politique

 

À Guéckédou, le Premier ministre a été reçu dans une ambiance de liesse, avec la traditionnelle cérémonie d’accueil des dix noix de cola. Devant les sages et les notables de la communauté Bémakissi, il a transmis les salutations du Chef de l’État et ses remerciements pour “la forte mobilisation lors du vote du 21 septembre”.

 

Mais la rencontre a vite pris un tournant plus politique.

La présidente préfectorale des femmes, Sia Mariama Kamano, a publiquement invité le général Doumbouya à se porter candidat à la présidentielle. “Le travail accompli en quatre ans vaut quarante ans de gouvernance”, a lancé le doyen Faya Gabriel Kambadouno, dans une formule devenue virale.

Même scénario à Macenta, où les sages ont salué les “efforts du gouvernement” et renouvelé leur confiance au Chef de l’État, tout en appelant à la poursuite des projets d’infrastructures locales.

À Faranah, les femmes et les jeunes ont exprimé à l’unisson leur “désir de voir le Président Doumbouya poursuivre sa mission”, scandant des slogans de soutien dans une ambiance proche d’un meeting politique.

 

Le Premier ministre, quant à lui, a exhorté “les jeunes, les femmes et les associations” à maintenir leur mobilisation en vue de l’élection présidentielle du 28 décembre.

 

 

Des remerciements républicains ou une stratégie électorale ?

 

Officiellement, il s’agit d’une tournée institutionnelle. En réalité, la scénographie, la ferveur populaire et le contenu des discours laissent peu de doute sur la dimension politique de la démarche.

L’État, à travers son chef de gouvernement, parle au nom du Président, mais les messages délivrés sur le terrain dépassent largement le cadre administratif.

 

Cette confusion entre communication d’État et mobilisation politique traduit une stratégie fine :

 

Légitimer la transition en lui donnant une caution populaire post-référendum.

 

Préparer la candidature de Doumbouya sans l’annoncer officiellement.

 

Tester le terrain électoral en évaluant la réaction des bases locales face à l’idée d’une continuité du régime.

 

Autrement dit, Bah Oury prépare la présidentielle avant même qu’elle ne soit formellement ouverte.

 

 

Bah Oury, messager du pouvoir ou architecte politique ?

 

Amadou Oury Bah n’est pas un simple relais administratif. Ancien opposant, aujourd’hui Premier ministre et coordinateur de la campagne référendaire, il apparaît comme le véritable architecte civil de la stratégie présidentielle du régime.

 

Sa mission est double :

 

1. Transformer le succès politique du référendum en capital électoral pour le chef de l’État.

 

 

2. Donner un visage républicain à un processus de continuité du pouvoir

 

 

En endossant ce rôle, Bah Oury devient le stratège de la normalisation politique du CNRD. Il incarne cette transition “maîtrisée”, où la légitimité populaire est utilisée pour consolider le pouvoir en place, tout en préparant son recyclage démocratique à travers les urnes.

 

Mais ce positionnement est risqué : il l’expose à la critique d’une partie de l’opinion qui voit dans cette tournée une instrumentalisation du référendum à des fins partisanes.

 

 

Une “campagne d’État” qui ne dit pas son nom?

 

Tout, dans cette tournée, rappelle les pratiques électorales bien connues des régimes sortants en Afrique :

 

utilisation des moyens de l’État pour des mobilisations politiques,

 

discours de fidélité au chef,

 

mise en scène d’un soutien populaire “spontané”,

 

et multiplication des appels à la “continuité”.

 

 

Les cérémonies d’accueil, les drapeaux, les portraits du Général, les slogans scandés par les femmes et les jeunes, tout concourt à donner le sentiment que la campagne présidentielle de 2025 a déjà commencé, sous couvert de cérémonies de remerciement.

 

Ce mélange des genres brouille les frontières entre l’action gouvernementale et la propagande politique. Il consacre l’émergence d’une campagne d’État, financée, organisée et encadrée par les structures publiques, mais au service d’un objectif électoral précis : préparer le terrain à la candidature de Mamadi Doumbouya.

 

 

Une transition à la croisée des chemins

 

Quatre ans après la prise du pouvoir par le CNRD, la Guinée entre dans une phase décisive.

Le référendum du 21 septembre, bien que contesté par une partie de l’opposition et de la société civile, a ouvert la voie à un retour à l’ordre constitutionnel. Mais à quelle fin ?

 

Si le général Doumbouya se présente à la présidentielle du 28 décembre, la transition prendrait un tournant assumé : celui d’une reconversion électorale du pouvoir militaire.

Dans le cas contraire, le régime devra convaincre qu’il peut réellement céder le pouvoir à une autorité civile issue d’un scrutin compétitif.

 

Pour l’instant, le chef de l’État garde le silence, laissant son Premier ministre occuper le terrain et tester la température politique.

 

 

Un pouvoir qui veut se légitimer par les urnes?

 

Le pari du duo Doumbouya–Bah Oury est clair : transformer la légitimité issue du putsch de 2021 en une légitimité issue des urnes en 2025.

Mais la méthode employée: référendum contesté par une partie de l’opposition, campagne d’État masquée, absence d’opposition visible – risque de fragiliser cette ambition sur le plan démocratique.

 

L’image de stabilité et d’unité populaire que veut projeter le régime ne doit pas masquer les tensions sous-jacentes : méfiance d’une partie de la classe politique, inquiétudes de la communauté internationale, et incertitude sur le cadre électoral.

 

 

Entre gratitude et conquête du pouvoir

 

En apparence, Amadou Oury Bah accomplit une mission républicaine : remercier le peuple pour sa participation au référendum.

En réalité, cette tournée ressemble à une pré-campagne méthodique, destinée à préparer l’opinion à la candidature de Mamadi Doumbouya et à lui offrir, dès maintenant, un capital politique considérable.

 

Les remerciements deviennent ainsi un prétexte pour occuper le terrain, façonner le récit du “travail accompli” et transformer la ferveur populaire en adhésion électorale.

 

À trois mois d’une présidentielle cruciale, la Guinée se trouve donc face à une question fondamentale :

le pays s’achemine-t-il vers une élection de transition, ou vers la reconduction d’un pouvoir déjà installé ?

 

La réponse pourrait bien se jouer, non pas dans les urnes du 28 décembre, mais dans ces tournées “de remerciements” où la campagne semble déjà avoir commencé.

 

 

Laguinee.info

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