Une nouvelle journée de manifestations a secoué le Maroc ce jeudi, marquant une semaine de mobilisation sans précédent. Dans les rues, la jeunesse, en grande majorité issue de la « génération Z », exprime sa colère contre ce qu’elle considère comme une profonde injustice sociale. Face à cette contestation, le gouvernement a fini par rompre le silence, appelant au dialogue tout en saluant l’action des forces de l’ordre.
Le Premier ministre Aziz Akhannouch, s’exprimant devant un conseil des ministres, a déclaré qu’il « déplorait la mort de civils » et s’est dit « prêt au dialogue et au débat au sein des institutions et des espaces publics ». Mais aucune annonce concrète n’a pour l’instant été faite sur les réformes réclamées par les manifestants.
Des affrontements meurtriers
La contestation a connu un tournant dramatique mercredi. Trois personnes ont été tuées par balle à Leqliaa, près d’Agadir, au cours d’affrontements avec les forces de sécurité. Le ministère de l’Intérieur affirme que les victimes tentaient de s’emparer d’armes de la police, une version que les témoins sur place n’ont pas confirmée.
Les violences se sont multipliées dans plusieurs villes : près de 300 blessés, dont 263 parmi les forces de l’ordre et 23 manifestants, ont été recensés. Plus de 400 personnes ont été interpellées, et plusieurs infrastructures publiques, banques, commerces et véhicules ont été saccagés, notamment à Inzegane et Oujda.
Mercredi soir, deux autres personnes ont perdu la vie lors d’une attaque contre un poste de gendarmerie dans le sud du pays. Selon les autorités locales citées par l’agence officielle MAP, les assaillants, armés de couteaux et d’objets contondants, ont tenté de s’emparer d’armes, forçant les gendarmes à riposter.
Une génération en quête d’avenir
Derrière ces tensions se cache une contestation plus large, portée par un mouvement sans leader mais structuré en ligne : Gen Z 212. Très actif sur la plateforme Discord, ce collectif exhorte les manifestants à rester pacifiques et réclame une refonte du système de santé et d’éducation.
« Le droit à la santé, à l’éducation et à une vie digne n’est pas un slogan vide, mais une demande sérieuse », ont affirmé les organisateurs dans une déclaration.
Le décès récent de huit femmes dans un hôpital public d’Agadir a renforcé la colère populaire contre l’état des infrastructures sanitaires. Pour beaucoup, ce drame symbolise un système en déclin, accentué par les inégalités régionales et la précarité.
Dans les cortèges, un slogan revient avec force : « Les stades sont là, mais où sont les hôpitaux ? ». Un message qui vise directement les investissements massifs du Maroc dans les infrastructures sportives, en particulier pour la Coupe du monde 2030, alors que les services sociaux manquent de ressources.
Une crise aux résonances internationales
Le Maroc, qui doit accueillir la Coupe d’Afrique des Nations de football dans les prochains mois, se retrouve face à une contestation sociale d’une ampleur inédite depuis des années. À l’approche des élections législatives de 2026, la gestion de cette crise pourrait peser lourdement sur le climat politique du royaume.
Cette mobilisation de la jeunesse marocaine fait écho à des mouvements similaires observés au Kenya, à Madagascar ou encore au Népal, où les jeunes générations dénoncent les inégalités et l’absence de perspectives.
Pour l’heure, malgré la répression et les centaines d’interpellations, la colère ne semble pas faiblir. La « génération Z » marocaine entend maintenir la pression et pousser les autorités à revoir leurs priorités en matière de gouvernance et de développement social.
Laguinee.info







