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Tribune | Constant Mutamba : condamné, mais pas vaincu

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Ils l’ont condamné. Trois ans de travaux forcés, cinq ans d’inéligibilité, interdiction d’exercer toute fonction publique. La Cour de cassation de la RDC a rendu son verdict, irrévocable. Pour le droit, l’affaire est close. Pour l’histoire politique, elle ne fait que commencer. Car derrière cette condamnation, ce n’est pas seulement un homme qui tombe : c’est une figure qui dérange, un souffle qu’on ne peut pas facilement éteindre.

 

Les erreurs stratégiques d’un ministre en lumière

 

Constant Mutamba a été l’un des ministres de la Justice de Félix Tshisekedi. Sa carrière au sommet a été rapide, flamboyante, mais aussi périlleuse. Comme le souligne Ousmane Bangoura, « en politique, il existe des règles dont la transgression mène tout droit à la chute. » Et Mutamba a, volontairement ou non, franchi plusieurs lignes rouges.

 

Ses prises de parole sur l’impunité, son action contre les Kulunas, ses interventions lors des États généraux de la justice, tout cela l’avait fait connaître et admirer du peuple. Mais, comme le rappelle Bangoura : « Sa bravoure, saluée à la fois au pays et à l’extérieur, lui a valu l’admiration du peuple… mais la rancune du palais. »

 

Il a violé un principe simple mais impitoyable : « Ne jamais surpasser le maître. » Être plus brillant que son patron est risqué. Les chefs n’aiment pas que leurs serviteurs volent la vedette. Mutamba a ignoré ce principe. Et, ajoute Bangoura, « Mutamba a choisi de briller quand son chef sombrait. Pire erreur stratégique possible. »

 

Même sa sincérité dans la lutte contre l’injustice ne suffisait pas à le protéger. « Celui qui veut être parfaitement honnête au milieu des gens malhonnêtes finira tôt ou tard par périr », avertissait déjà Machiavel. Mutamba a payé ce prix, non pas uniquement pour ses actes, mais parce qu’il a défié les lois invisibles du pouvoir.

 

La justice et la politique : un mélange explosif

 

Sur le plan juridique, les faits sont sérieux : un marché public pour un centre pénitentiaire, un acompte jugé trop élevé, des millions de dollars en jeu. Le ministère public avait requis dix ans de travaux forcés ; la Cour de cassation a tranché pour trois ans, assortis de l’interdiction d’exercer une fonction publique et de se présenter à une élection pendant cinq ans.

 

Mais cette affaire dépasse le droit. Dans un pays où la politique et la justice se mêlent étroitement, ce procès a aussi des accents de règlement de comptes. Condamner Mutamba, c’est frapper celui qui commençait à bousculer l’ordre établi, celui dont la parole et la popularité faisaient de l’ombre aux réseaux du pouvoir.

 

Une popularité qui ne s’éteint pas

 

Malgré la condamnation, Mutamba reste une figure suivie et admirée, surtout par les jeunes. Dans un pays où la majorité de la population a moins de 25 ans, son franc-parler, sa capacité à dénoncer les abus et sa bravoure font écho. Comme le rappelle Bangoura, « que chaque homme politique rêve du sommet, rien de plus normal. Mais l’ascension n’est pas une question de rêve, elle relève d’un art subtil, d’un talent rare, que peu savent manier. »

 

Mutamba a su captiver une jeunesse en quête de figures fortes, en quête de justice et de transparence. Ses erreurs stratégiques au sein du palais ne diminuent pas ce capital de confiance populaire.

 

 

La leçon de l’histoire

 

L’histoire montre que la prison et la répression ne sont pas toujours des fins. Des leaders ont été frappés, humiliés, marginalisés, mais ont fini par triompher :

 

Patrice Lumumba, assassiné, reste un symbole de résistance et d’émancipation.

 

Étienne Tshisekedi, longtemps marginalisé, est devenu le leader incontesté de l’opposition.

 

Nelson Mandela, enfermé pendant 27 ans, est devenu président et icône mondiale.

 

Laurent-Désiré Kabila, longtemps en exil, a renversé Mobutu et accédé au pouvoir suprême.

 

 

Ces exemples montrent que la prison ou la condamnation peut nourrir la légende, amplifier la voix et galvaniser les partisans. Constant Mutamba, condamné juridiquement, devient symboliquement plus fort.

 

 

Condamné, mais pas vaincu

 

En droit, le verdict est définitif. En politique, la bataille continue. Trois ans, pour un homme comme Mutamba, peuvent être une période d’apprentissage, de maturation, de préparation. Cinq ans d’inéligibilité ne signifient pas cinq ans d’oubli : c’est cinq ans pour construire une légende, renforcer une base populaire et préparer le retour.

 

Comme l’écrit Bangoura, « Mutamba n’a pas seulement péché contre ses adversaires : il a péché contre les lois invisibles du pouvoir. Et en Afrique, ces lois ne pardonnent jamais. » Mais elles ne peuvent pas non plus éteindre l’élan d’un homme qui, malgré tout, continue de symboliser courage, justice et résistance.

 

Condamné, oui. Mais vaincu ? Rien n’est moins sûr. Le temps, l’histoire et la jeunesse décideront si Constant Mutamba reste une voix, une figure et une légende qui dépasse les murs d’une prison et les arcanes du pouvoir.

 

 

KOMANO

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