La mort tragique d’une fillette de cinq ans des suites d’une excision dans le village de Koloma a provoqué une vague d’indignation et de débat sur les réseaux sociaux guinéens. Ce drame, loin d’être un cas isolé, met en lumière la persistance d’une pratique illégale mais profondément ancrée dans les traditions, relançant un appel urgent à l’action des autorités et à une prise de conscience collective.
Un électrochoc nécessaire et un cadre légal inappliqué
« La mort tragique d’une fillette de 5 ans suite à une excision en Guinée, devrait sonner comme un électrochoc », alerte l’activiste féministe Aminata Abass Doumbouya. Elle dénonce une pratique « interdite par la loi, mais toujours tolérée dans les mentalités », rappelant le taux vertigineux de « 97 % des femmes guinéennes [qui] ont subi cette mutilation génitale ».
Les justifications traditionnelles – contrôle de la sexualité, pureté, mariage – volent en éclats face à la rigueur de la loi. « Pourtant, le Code pénal guinéen est clair. Voir les articles 259, 260 et 261 », assène-t-elle. Son cri du cœur est un appel direct aux institutions : « C’est justement dans ces moments que le ministère de la Promotion Féminine devrait utiliser la communication, non pas par de simples déclarations, mais par une stratégie claire et visible ». Elle presse le lancement d’une campagne massive avec « des affiches dans les quartiers de Conakry et dans les villes de l’intérieur, des messages radio en langues locales, des vidéos de sensibilisation sur les réseaux sociaux et à la télévision ».
Une mobilisation citoyenne : colère, foi et science
L’indignation est générale. Mama Adama Camara s’indigne : « Encore une petite fille, je dirai un bébé de 5 ans vient de mourir sous la lame de l’excision mais les hommes guinéens soutiennent mordicus que cette pratique doit continuer ! J’ai bien choisi mon mari, excusez moi de le dire ici ! ».
Face à l’inaction perçue, les pères sont interpellés. Diawo Diallo lance un ferme avertissement sur Facebook : « [NON À L’EXCISION] : il est temps que les pères se lèvent pour protéger leurs filles ! ». Il ridiculise les arguments fallacieux : « On nous a toujours dit qu’une femme excisée reste fidèle et diminue son envie du sexe. Du vrai n’importe quoi, car les motels et hôtels sont remplis de femmes excisées ». Sa position est sans équivoque : « Quiconque EXCISERA ma fille ira en prison ! ».
Le débat prend une dimension théologique avec Ousmane Bangoura qui oppose une argumentation cinglante : « Tu ne peux pas croire en l’omniprésence, l’omniscience, et l’omnipotence de Dieu et croire en même temps qu’il a mal fabriqué le clito et que c’est à toi de corriger cela ».
Une position étayée par le communicant Moustapha Guissé, qui apporte un éclairage religieux précis : « L’islam n’a pas ordonné la circoncision féminine comme il l’a fait pour les hommes. Le Prophète Mohammad (paix et salut sur lui) a même recommandé de ne pas pratiquer les formes invasives ». Citant de nombreuses sources islamiques (Fat’h ul-bârî, ‘Awn ul-ma’bûd, Abû Dâoûd), il conclut : « Il est important de noter que ceux qui pratiquent l’excision le font souvent au nom de la tradition et non de l’islam. Dieu sait mieux ».
Pour une réponse factuelle, Mohamed Doumbouya, professionnel de communication, en appelle à la science : « C’est une chose magnifique tout ce débat sur les mutations génitales en Guinée. Scientifiques, prière de vous saisir du débat dans vos recherches. Par exemple travailler sur 500 filles/femmes excisées et 500 filles/femmes non excisées prises en Guinée et soumises à des bilans physiques et psychologiques ».
Jean Pierre Victorine Koundouno apporte une contribution essentielle en déconstruisant les prétextes traditionnels et en listant les conséquences médicales. « L’excision n’est pas une bonne pratique. Ce débat n’a plus lieu d’être », affirme-t-il catégoriquement. Il rappelle que cette pratique, même dans sa dimension traditionnelle, « ne concernait pas les hommes » et appelle les jeunes hommes d’aujourd’hui à « éviter de démystifier le corps de la femme et d’en parler avec une banalité presque insultante».
Avec une précision chirurgicale, il décrit la réalité de l’acte : « elle consiste, pour la plupart des ethnies en Guinée, en l’ablation presque totale du clitoris. Dans certaines parties de l’Afrique, on observe même l’ablation complète des lèvres ». Il énumère les conséquences immédiates et à long terme : « infections, car un même instrument peut être utilisé sur plusieurs filles […] perte ou difficulté à éprouver du plaisir sexuel […] douleurs chroniques, infections urinaires, kystes, complications lors de l’accouchement, perte de sensibilité sexuelle, ainsi que des traumatismes psychologiques ».
Son argumentaire culmine dans un appel à remplacer la mutilation par l’éducation : « Ce qu’il faut déconstruire aujourd’hui, c’est cette croyance répandue selon laquelle une femme non excisée serait une femme facile, infidèle ou accro au sexe. Rien ne le prouve […] Ce qu’il faut plutôt privilégier, c’est l’éducation, l’inculcation de valeurs et la connaissance de soi pour nos filles, pas en les privant d’une partie de leur corps».
Un cadre légal décoratif ?
Malgré son interdiction, la pratique perdure. Mamoudou Nagnalen Diakité, un internaute, fustige l’écart entre la loi et la réalité : « On a adopté la loi pour la décoration intellectuelle ». Pour lui, « la protection de nos filles doit aller au-delà des consécrations législatives, il faut la traduire par des actes concrets en punissant effectivement ceux qui refusent de voir les vérités scientifiques en face ». Il estime que les promoteurs de l’excision devraient être « punis pour apologie de crimes ».
Alors que la Guinée détient l’un des taux de prévalence les plus élevés au monde, la colère en ligne traduit une exigence croissante : une application stricte de la loi et des campagnes de sensibilisation percutantes pour épargner la vie de milliers de jeunes filles. La balle est désormais dans le camp des autorités.
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