La photographie est un art, une mémoire, un témoignage intemporel. En Guinée, l’une de ses pionnières continue d’écrire cette histoire à travers son objectif : Hadja Saran Kaba. Ce mardi, à l’occasion de la Journée mondiale de la photographie, laguinee.info est allé à la rencontre de cette femme au parcours exceptionnel. À plus de 70 ans, elle reste active, toujours l’appareil en main, au service du Conseil National de la Transition (CNT).

Une vocation héritée d’une lignée de pionniers
Hadja Saran Kaba n’est pas devenue photographe par hasard. Née dans une famille où l’image était déjà un langage, elle a grandi au milieu des clichés et des négatifs. Son père fut le premier photographe du pays, à Kankan, et l’artisan de la première imprimerie de la République de Guinée. Son frère aîné, Zakaria Kaba, a quant à lui marqué l’histoire comme l’un des tout premiers professionnels du métier.
« La photographie, c’est à cause de mon papa que j’ai appris. Il a été le premier, en Guinée, à faire la photographie. C’est lui qui a commencé l’imprimerie de la République à Kankan. Et mon grand frère aussi a été le premier photographe du pays », raconte-t-elle avec une fierté empreinte de nostalgie.

Dès l’âge de 12 ans, elle prend goût à cet univers. D’abord aux côtés de son frère à Kankan, puis à Conakry, elle forge peu à peu son identité professionnelle.
Une témoin de l’histoire nationale
Tout au long de sa carrière, Hadja Saran Kaba a traversé les époques et les régimes. Ses clichés portent la mémoire de plusieurs présidences, immortalisant des instants officiels et des visages qui ont marqué l’histoire politique de la Guinée.
« J’ai fait des photos des présidents Ahmed Sékou Touré, Lansana Conté et Pr Alpha Condé », se remémore-t-elle.
Aujourd’hui encore, elle n’a pas rangé son appareil. Présente au CNT, elle poursuit son engagement, consciente de l’importance de son rôle.
« Quand j’ai quitté la présidence, je suis arrivée au CNT, comme une reconnaissance de Dr Dansa Kourouma », explique-t-elle avec simplicité.
La passion plus forte que le temps
L’âge ne semble pas avoir émoussé son enthousiasme. Pour elle, la photographie n’est pas qu’un métier, mais une vocation, presque une seconde nature.
« C’est quelque chose, quand tu aimes, tu ne peux pas laisser. J’aime les images. J’ai aimé ça, presque, c’est ma vie », confie-t-elle avec émotion.
Ses mots traduisent l’attachement viscéral à une pratique qu’elle considère comme une part essentielle de son existence.
Une inquiétude face à la relève
Mais si elle se réjouit de ce long parcours, Hadja Saran Kaba exprime une inquiétude : la photographie, selon elle, n’est pas pleinement comprise par les jeunes générations.
« Les enfants ne connaissent pas la photo. La photo parle. Quand tu vois les photos des anciens, ça veut dire quelque chose. Mais les enfants d’actuels ne connaissent pas ça. »
Pour elle, l’image n’est pas une simple capture du présent, mais un témoignage, une mémoire qui éclaire le futur.
Un message aux générations futures
En ce jour de célébration mondiale, elle adresse un appel vibrant aux jeunes :
« La nouvelle génération, je suis sûre que les enfants comprennent aussi ce qu’on doit faire pour la photographie. Parce que c’est très important. »
À travers son parcours, Hadja Saran Kaba rappelle que la photographie n’est pas seulement un métier : elle est une trace, une mémoire collective, une manière de raconter l’histoire d’un peuple.
À 70 ans passés, elle incarne la fidélité à une passion, mais aussi la responsabilité de transmettre un héritage. Ses clichés, déjà, appartiennent au patrimoine immatériel de la Guinée.
IAC, pour laguinee.info







