Le silence de Dr Mamadou Mouctar Diallo n’était pas un oubli. C’était une transition intérieure. Ce jeudi, depuis la capitale américaine, l’homme politique, ancien ministre de la Jeunesse et président des Nouvelles Forces Démocratiques (NFD), a fait une annonce qui résonne comme un séisme dans l’histoire politique récente de la Guinée : sa démission de la tête du NFD et son retrait total de la vie politique.
« Depuis 1990, alors que je n’étais qu’un adolescent de 15 ans, j’avais choisi de m’engager corps et âme dans le combat pour une Guinée libre, démocratique, juste et prospère… »
Par cette phrase d’ouverture, extraite de sa lettre de démission rendue publique ce jeudi, Dr Diallo replonge ses compatriotes dans une trajectoire personnelle faite de luttes, d’épreuves et d’engagement. Celle d’un jeune garçon devenu, au fil des décennies, une figure centrale de la société civile puis de la scène politique guinéenne.
Une jeunesse forgée dans la rue, la foi et la répression
Le récit qu’il fait de ses débuts militants, à 15 ans, illustre la brutalité d’une époque et la résilience d’une génération :
« À l’époque, il n’y avait ni partis politiques ni médias indépendants ni réseaux sociaux. Il n’y avait que notre foi, notre détermination et la force de nos convictions… »
C’est cette foi en la justice et la démocratie qui l’a conduit à défier les pouvoirs successifs, à organiser les grandes manifestations de 2007 avec le CNOSCG, à prendre position après le coup d’État militaire de 2008 et à dénoncer la tragédie du 28 septembre 2009.
Une voix, un combat, une génération brisée
Son combat, il le raconte sans filtre :
« Mon militantisme… m’a conduit à traverser et à subir des exactions, des blessures, des détentions arbitraires, l’exil, la clandestinité, des privations et des menaces. Mais rien n’a été plus douloureux que de voir tomber des compatriotes engagés pour cet idéal commun.»
Ses mots vibrent d’une mémoire douloureuse mais assumée, d’une fidélité à une vision qu’il n’a jamais trahie. Celle d’une Guinée plus juste, plus démocratique, portée par sa jeunesse.
De la marginalisation à l’éveil d’un leadership jeune
Dans sa lettre, il rappelle une époque où la jeunesse guinéenne était cantonnée à des rôles décoratifs. Lui, avec d’autres, a osé briser le plafond :
« Par notre engagement audacieux et visionnaire… nous avons brisé le carcan qui étouffait la jeunesse et ouvert la voie à l’affirmation d’un leadership jeune, assumé, crédible et respecté. »
Aujourd’hui, il se retire, fier de voir éclore une nouvelle génération de leaders. Loin de se poser en héros solitaire, il se considère comme le maillon d’une chaîne d’éveil et d’émancipation.
Un adieu lucide, empreint d’humilité et de pardon
Dans une sincérité rare, Dr Diallo évoque ses limites, ses erreurs possibles et demande pardon à ceux qu’il aurait pu blesser.
« Je suis un être humain, donc imparfait. Avec humilité, je leur présente mes sincères excuses. Je pardonne également à ceux qui m’ont combattu injustement… »
C’est un homme apaisé, réconcilié avec lui-même, qui tourne la page. Pas de règlements de comptes. Pas de rancune. Seulement la volonté de clore un cycle.
Une transition assumée pour le NFD
Conscient du vide que son départ pourrait créer au sein du parti, il a veillé à une transition apaisée :
« Une présidente intérimaire a été désignée… Elle a pour mission d’organiser un congrès dans les meilleurs délais en vue de l’élection d’une nouvelle direction. »
Et de lancer un ultime appel aux siens : « Restez debout, unis et déterminés… La lutte continue ! »
Un engagement qui ne s’éteint pas
Dr Diallo n’abandonne pas ses idéaux. Il les réoriente.
« Je me retire du champ politique, mais je reste pleinement engagé au service des idéaux de justice, de démocratie et de développement… Je continuerai à servir la Guinée et l’Afrique autrement… »
Il veut désormais œuvrer hors du champ partisan. Peut-être dans la recherche, la société civile ou la diplomatie parallèle. Ce n’est plus un homme politique qui parle, mais un homme libre.
Lettre d’un patriote ou legs d’un serviteur?
Ce jeudi 7 août 2025, la vie politique guinéenne a perdu une voix singulière. Mais elle a gagné un testament moral.
« J’ai servi la Guinée avec passion, dévouement et amour… Je suis fier de ce parcours, de ses réussites comme de ses imperfections que j’assume entièrement. »
Le ton est grave, mais serein. L’écriture est soignée, presque spirituelle. Dr Mouctar Diallo n’écrit pas simplement une lettre de démission. Il livre un document historique. Une mémoire vivante. Un legs.
Une sortie par le haut, un hommage à la patrie
En guise de conclusion, il exprime sa gratitude aux jeunes, aux femmes, à ses compagnons de route. Et à sa famille. Puis, en patriote sincère :
« Vive la Guinée unie, paisible, juste, démocratique et prospère. Que Dieu protège la Guinée et bénisse les Guinéens ! »
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