Ce jeudi 31 juillet 2025, la poussière soulevée par les véhicules officiels n’a pas suffi à calmer les esprits. Une mission de la Banque d’Investissement et de Développement de la CEDEAO (BIDC) a foulé le sol de Karifamoriah, dans la commune urbaine de Kankan, pour s’enquérir des réalités sociales et environnementales entourant la construction de la future centrale solaire photovoltaïque. Mais sur place, la délégation a été accueillie par une communauté à la fois favorable au projet et profondément frustrée.
Face aux sages et aux jeunes rassemblés, le porte-parole de la mission a justifié la présence de la délégation :
« Nous sommes ici dans le cadre du financement de la centrale solaire de Kankan. Il est important pour nous de comprendre si la population a été informée, impliquée, et s’il y a eu des impacts sociaux ou environnementaux.»
Mais très vite, les propos du représentant ont ouvert la porte à une série de griefs exprimés avec retenue, mais fermeté.
Des promesses floues et un silence pesant
Le projet, annoncé en grande pompe, semble englué dans un flou administratif et des promesses non tenues. Pour les citoyens, le rêve solaire vire à l’incompréhension.
« On nous avait promis un début rapide après la pose de la première pierre. Cela fait plus d’un an. Rien. Pas même une explication sur les retards. Ce qu’on nous a dit au départ ne correspond plus à la réalité. Ce n’est pas de l’hostilité, c’est de la lassitude », a déclaré le porte-parole des sages.
Des terres saisies, des plantations sacrifiées
Le ton monte lorsque la parole est donnée aux propriétaires fonciers impactés. Djalamba Mady Kaba, la voix tremblante, évoque la douleur de voir disparaître des décennies de labeur.
« Ils sont venus défricher sans prévenir. Quatre hectares chez moi, trois chez mon oncle. Des manguiers plantés en 1975, balayés sans explication. On nous a promis un dédommagement. On attend toujours. On ne veut pas la guerre, mais on veut la justice. »
Du flou sur les superficies et les démarches
Bintou Madi Kaba, conseillère du quartier Karifamoriah 5, se souvient d’un démarrage euphorique, vite rattrapé par les zones d’ombre. « Le ministre a lancé le projet ici, le 28 août 2024. Trente hectares avaient été annoncés, puis c’est passé à 43, et maintenant c’est 50. La confiance s’est effritée. Où est l’étude d’impact environnemental ? Elle aurait dû précéder les travaux. Jusqu’à présent, nous n’avons reçu aucun retour. »
Enarsado reconnaît des erreurs et promet des corrections
Pris à partie, Lonceny Dioubaté, responsable de la société Enarsado, a joué la carte de l’apaisement. Devant les regards sceptiques, il a présenté ses excuses à la communauté.
« Aucune œuvre humaine n’est parfaite. J’avais promis un délai de 12 mois, si les conditions étaient réunies. Malheureusement, le processus a été long. Il fallait d’abord finaliser les négociations avec les bailleurs. On est maintenant sur la dernière phase. »
Et de rassurer : « Toutes les préoccupations seront prises en compte. Ce projet est pour vous, et nous voulons le faire avec vous. »
Entre promesse de lumière et zones d’ombre
Alors que le rapport de la mission d’étude de la BIDC est attendu comme le sésame pour débloquer les fonds et démarrer les travaux, le projet de la centrale solaire de Kankan reste suspendu. Les habitants, eux, oscillent entre patience résignée et méfiance justifiée.
En attendant le lever du soleil, la communauté de Karifamoriah campe dans l’ombre des doutes.
De Kankan, Karifa Kansan Doumbouya pour laguinee.info







