Les inondations qui ont récemment endeuillé plusieurs familles à Conakry et dans d’autres villes de Guinée ne sont pas qu’un malheureux concours de circonstances naturelles. Elles sont le miroir d’un échec collectif, d’une incurie institutionnelle et d’une forme de résignation sociale face à des drames pourtant évitables.
Car ces pluies, certes diluviennes, n’ont rien d’imprévisible. Ce qui l’est en revanche, c’est l’ampleur des dégâts qu’elles causent, année après année, sans que les leçons ne soient tirées. Une réalité qui met en lumière, une fois encore, la faillite de l’État dans la mise en œuvre d’une véritable politique d’habitat, d’aménagement du territoire, de protection de l’environnement et de sécurité publique.
« La haute fonction, a fortiori ministérielle, n’emporte pas que des privilèges ; elle implique des responsabilités dont l’assomption sérieuse, dans l’intérêt général, justifie ces privilèges », déplore le Dr Jean Paul Kotembedouno. Un rappel salutaire, tant les élites gouvernantes semblent parfois se soustraire à l’obligation de résultats.
Mais l’État n’est pas seul à devoir rendre des comptes. Les infrastructures routières, effondrées au premier orage, témoignent du laxisme dans l’attribution des marchés publics. Des entreprises guinéennes, souvent les mêmes, raflent les contrats pour livrer des routes bâclées, sans drainage digne de ce nom, condamnées à ne durer qu’un ou deux hivers.
« Les entrepreneurs devraient commencer à réaliser le COÛT HUMAIN de leurs TRAVAUX BACLÉS, mais qu’ils sont sûrs de continuer à réaliser indéfiniment et chaque année (les mêmes travaux). Y’en a marre de ces routes pitoyables qui épuisent et tuent les Guinéens », martèle le Dr Kotembedouno.
Et que dire des agents de l’État qui ferment les yeux, ou pire, valident ces marchés sans contrôle sérieux ? L’indignation est palpable :
« Attribuer les marchés de travaux aux entreprises dont les routes, qui ont vocation à durer 25 ans, ne font qu’un an et demi relève de la cruauté et de la honte ; on le sait maintenant car nos compatriotes en meurent. Ça suffit. »
Enfin, la responsabilité citoyenne ne saurait être éludée. Acheter ou construire dans des zones connues pour être inondables — lits de rivières, marécages, flancs de collines instables — c’est exposer sa famille et ses biens à une tragédie annoncée.
Là encore, le Dr Kotembedouno reste lucide :
« La responsabilité de la victime ne saurait être minimisée, a fortiori lorsque les départements étatiques ne donnent pas de raisons de croire à une vision rigoureuse de la politique de l’habitat, de l’aménagement du territoire et de l’environnement. »
Face à ce constat accablant, il ne s’agit pas seulement de pointer du doigt. Il est temps d’agir. Conscient de l’urgence, le Dr Kotembedouno annonce :
« À partir de demain, on commencera à faire des propositions citoyennes sur ce qui peut être fait pour minimiser l’impact humain de ces inondations prévisibles, pour ce qui concerne le court terme ; l’urgence. »
En attendant, que chacun, décideur public, entrepreneur ou simple citoyen, prenne conscience de sa part de responsabilité dans ce drame collectif. Car il ne s’agit plus d’un phénomène naturel, mais d’un échec humain. .
Laguinee.info







