Entre puanteur persistante et fumée suffocante, les habitants de Dar-es-Salam, quartier tristement célèbre pour abriter la plus grande décharge d’ordures de Guinée, ont accueilli ce jeudi une visite qualifiée d’« historique » : celle du Premier ministre, Amadou Oury Bah.
En se rendant sur ce site saturé de déchets, le chef du gouvernement a voulu, selon ses propres mots, « écouter, voir et comprendre ce que vivent les populations au quotidien ». Une démarche que beaucoup jugent salutaire dans une localité où les mots « survie » et « résignation » sont devenus familiers.
« Cette localité ne mérite pas ceci. Nous vous promettons que ces ordures vont être déplacées dans un bref délai. Après leur évacuation, une infrastructure sera implantée ici : un terrain de foot, un hôpital ou une école », a déclaré le Premier ministre, dans un ton à la fois déterminé et empathique.
Larmes d’espoir, soupirs de fatigue
La promesse gouvernementale a fait naître chez les riverains un espoir longtemps étouffé par les gaz toxiques. Djalikatou Diallo, résidente du quartier, ne cache pas son émotion :
« Aujourd’hui, je suis joyeuse de voir le Premier ministre ici. Il a vu notre calvaire. Mais nous lui demandons de passer à l’action. Trop de souffrances : des mouches noires, de la fumée toxique, et même des drames. Il n’y a pas longtemps, un bébé sans vie a été retrouvé ici… »
À quelques mètres, Ibrahima Sory Mara, les traits tirés, partage le même constat alarmant :
« Comme vous le sentez, ça empeste. Vivre ici, c’est vivre avec une maladie. Si le CNRD et son gouvernement arrivent à déplacer cette décharge, nous ne pourrons que leur dire merci. »
Une attente qui dure, une réponse espérée
Cette décharge, héritage de plusieurs années de gestion hasardeuse des déchets, est devenue un symbole de l’abandon de certaines zones urbaines. Pour Abdoul Mazid Diallo, secrétaire général du collectif pour un environnement sain, la visite du Premier ministre est un signal fort :
« Nous avons un sentiment de satisfaction, d’avoir été entendus. Il faut que le gouvernement continue dans cette dynamique, car la situation empire chaque minute. »
Un tournant ou une promesse de plus ?
Si l’action du Premier ministre est largement saluée, la population reste prudente. Dar-es-Salam a trop souvent été promis à la réhabilitation sans lendemain. L’acte de ce 31 juillet sera-t-il le début d’un changement structurel ou une promesse de plus ?
Une chose est certaine : l’odeur, elle, ne ment pas. Elle rappelle, jour et nuit, que vivre à Dar-es-Salam, c’est respirer l’insalubrité. Et que le vrai soulagement ne viendra que lorsque la dernière benne d’ordures aura quitté les lieux.
Oumar Bella Barry, pour laguinee.info







